Après avoir vu la fabrication du cristal dans sa globalité, place aux lustres.
Parce que même si une grande partie de la fabrication reste identique :
– Matières premières du cristal, préparation, fusion.
– Travail à chaud : cueillage, soufflage, façonnage.
– Travail à froid : taille, polissage, inspection.
La grosse différence se joue dans la manière dont la pièce prend vie :
Parce que là où un verre ou une carafe en cristal peuvent naître de la même masse. Un lustre, lui, est un assemblage de centaines, voire milliers de petites pièces, fusionnées et façonnées séparément (bras, coupelles, bobèches, pampilles, etc.). Sans parler des autres éléments indispensables à un lustre, comme l’armature métallique ou même l’électrification, non présents dans la fabrication des autres pièces en cristal.
Bref, la fabrication d’un bon lustre en cristal a beau avoir certaines similitudes avec celle d’un verre, d’une carafe ou d’un vase. Elle comporte des spécificités qu’on se devait d’aborder dans un article dédié, que voici.
P.S. Petite précision avant d’entrer dans le vif du sujet : nous abordons ici uniquement la fabrication des authentiques lustres en cristal. Ceux encore fabriqués à la main du début à la fin, selon les techniques traditionnelles.
Table des matières
Le vocabulaire propre aux lustres en cristal
Comme mentionné en introduction, une partie de la fabrication des lustres en cristal est similaire à celle des autres pièces. Par conséquent, certains termes sont communs : groisil, cueillage, soufflage, tailleur, etc. Pour le détail complet, on vous invite donc à vous rendre sur l’article dédié.
Mais il y a également des termes propres aux lustres en cristal, qu’il est important de connaître pour ne pas être perdu au fil de cet article (une infographie illustrée est disponible un peu plus bas) :
L’armature :
Squelette métallique (bronze, laiton, acier selon les pièces) qui porte le lustre. C’est probablement LA pièce la plus importante puisqu’elle supporte l’intégralité des autres, parfois pour plusieurs centaines de kilos.
Le fût :
Axe central vertical, autour duquel tout s’organise.
Balustre :
Partie renflée du fût, souvent en cristal soufflé.
Les bras :
Supports qui partent du fût et portent les lumières.
Le feu :
Désigne chaque point lumineux d’un lustre. Exemple : un lustre “de 14 feux” signifie qu’il comporte 14 ampoules. Le terme “feu” est hérité des premiers lustres qui étaient éclairés à la bougie.
Bobèche :
Petite coupelle placée sous le feu. Aujourd’hui purement décorative, elle est conçue à l’origine pour recueillir la cire qui coulait des bougies.
Coupelle :
Eléments creux en cristal qui habillent l’armature et renvoient la lumière.
Pampille :
Terme générique pour désigner tous les éléments suspendus du lustre. Ce sont les pampilles qui fractionnent la lumière et elles prennent, selon les modèles, différentes formes et différents noms (plaquette, poignard, boule, octogone).
Pendeloque :
Pampille en forme de goutte ou de poire placée en bas du lustre. C’est souvent la plus grande pampille du lustre.
Rosace (ou rosette) :
Petite fleur en cristal utilisée pour maintenir les éléments entre eux sur le modèle emblématique Marie-Thérèse. C’est l’équivalent des broches, qu’on retrouve dans la fabrication des miroirs vénitiens par exemple.
Lustrier :
Artisan qui monte, restaure et entretient les lustres.
La fabrication des lustres en cristal, en 7 étapes
Étape 1 : La conception
Tout comme n’importe quelle pièce en cristal, tout commence par une étape de conception et de design pour savoir quoi fabriquer, comment, en quelle quantité, etc.
Une étape particulièrement importante sur un lustre, étant donné le nombre d’éléments à anticiper avant de souffler la moindre pièce :
– Il y a évidemment la forme, la taille et le nombre de bras. Ainsi que le type de pampilles.
– Mais il y a surtout une histoire de poids à prendre en compte. Parce que plus un lustre possède de feux, de bras, de pampilles… plus il est lourd. Et plus l’armature et la fixation au plafond doivent être dimensionnées en conséquence.
– Puis réparties symétriquement autour du fût, pour que le lustre pende parfaitement droit. Il y a donc aussi une question d’équilibre qui s’ajoute à l’équation.
Heureusement, les cristalleries peuvent aujourd’hui compter sur l’aide des outils modernes (rendus 3D, visualisations, plans numérisés) pour se simplifier la vie. Des outils qui leur permettent ainsi de générer et de comparer rapidement les options, avant de lancer la production.
Petite précision :
De nos jours, cette étape de conception est surtout réalisée dans le cadre de commande sur-mesure ou de pièces monumentales. Pour les modèles phares, beaucoup reprennent les dessins vieux de plusieurs siècles. C’est le cas notamment du modèle Marie-Thérèse, qui doit son nom à l’impératrice du XVIIIème siècle. Sa silhouette n’ayant presque pas changé depuis cette époque, l’étape de conception et de design n’est pas un passage obligatoire à chaque fois.
Étape 2 : Le travail à chaud
Une fois le modèle conçu et désigné, il faut lui donner vie. Et pour ça, le travail à chaud reste le premier passage obligatoire. Une étape sensiblement la même que la fabrication de n’importe quelle pièce en cristal : les matières premières sont mélangées, fusionnées. Puis le mélange est cueilli, soufflé et façonné par les maîtres verriers avant de partir en recuisson.
La différence se fait principalement sur le nombre d’éléments à souffler et façonner. Puisqu’il faut répéter cette opération pour chaque élément : fût, balustre, bras, coupelles, bobèches et les centaines de pampilles.
Une autre différence se fait sur un modèle en particulier : le Marie-Thérèse (oui, encore lui). Pourquoi est-il particulier ? Parce que ses bras ne sont pas soufflés d’un seul bloc, mais formés de deux pièces distinctes, ensuite reliées entre elles par des fleurs décoratives (les fameuses rosettes). C’est une technique traditionnelle héritée de l’époque où les verriers ne savaient pas encore fabriquer de bras creux. Une technique toujours perpétuée par certains fabricants (dont nos partenaires) par respect de la tradition.
Notez que c’est également à cette étape que les options colorées sont façonnées. Car même si les lustres en cristal transparents restent les plus populaires, les options avec des pampilles de couleur séduisent aussi un public.
Étape 3 : Le travail à froid
Après le travail à chaud, vient naturellement… le travail à froid. Avec les étapes qu’on connaît : la taille, le polissage, etc. La plupart des éléments d’un lustre en cristal (balustres, coupelles, boules) y passent.
Mais cette étape permet surtout de révéler un élément : les pampilles.
Pourquoi elles en particulier ? Parce que sur un lustre, ce sont elles qui font tout le travail optique : chaque facette agit comme un prisme et décompose la lumière en éclats. Chaque pampille est donc soigneusement taillée et polie, facette par facette, à la main. Avant d’être percées pour pouvoir accueillir les futures attaches métalliques qui les accrocheront aux bras.
Cette étape à froid permet également de réaliser un premier contrôle qualité et d’écarter les pièces avec des défauts.
Étape 4 : L’armature métallique
Après les éléments en cristal, place à la création de l’armature, aujourd’hui principalement réalisée en laiton de haute qualité ou en acier inoxydable, selon le lustre.
Une étape très importante car, pour rappel, c’est l’armature qui porte tout le poids d’un lustre (allant parfois jusqu’à plusieurs centaines de kilos), qui maintient l’ensemble des éléments, et qui dessine la silhouette globale de la pièce.
En clair : pas le droit à l’erreur.
Pour cette étape, on retrouve le processus traditionnel de la fabrication d’objets métalliques, c’est-à-dire : découpe des tubes et des barres, assemblage par soudure, polissage, puis application des finitions. Des étapes auxquelles s’ajoutent le cintrage des bras (pour qu’ils aient tous la même courbe), ainsi que le tournage des pièces rondes telles que le cache-plafond.
Étape 5 : L’électrification
Autrefois ornés de bougies, les lustres sont aujourd’hui électrifiés aux nouvelles normes, après un bref passage au gaz.
Pour ça, les artisans posent les douilles dans les bobèches au bout de chaque bras, passent des câbles le long des bras et du fût jusqu’au cache-plafond (où se fait le raccordement), et testent d’allumage de chaque feu.
C’est également à cette étape que le lustre est mis en conformité avec les lois et le câblage électrique du pays de destination.
Étape 6 : L’assemblage
Une fois l’électrification faite, testée et validée… place au montage final pour donner vie au lustre et réaliser les derniers ajustements.
Pour ça, le lustre est assemblé pièce par pièce :
1 : L’armature est suspendue.
2 : Les éléments en cristal du fût (balustres et coupelles) sont enfilés sur l’axe central.
3 : Sur lequel sont ensuite fixés les bras.
4 : Qui reçoivent les bobèches, les verrines et les ampoules.
5 : Avant de finir par l’habillage, avec notamment la fixation de chaque pampille une à une, à l’aide de petites attaches métalliques
C’est également à cette étape que sont réalisées les notices de montage : chaque sous-étape est photographiée, documentée et détaillée pour faciliter le remontage par le client plus tard.
Étape 7 : Contrôle, emballage et installation
Et enfin, le lustre, tout comme n’importe quelle pièce en cristal que nous proposons, est contrôlé pour s’assurer de sa qualité et de sa sécurité : finitions de l’armature, symétrie, qualité des pampilles, solidité des fixations, etc.
Une fois la pièce inspectée et validée, le lustre est prêt à être démonté puis soigneusement emballé pour la livraison.
Car oui, tous nos lustres sont livrés désassemblés, pour les protéger pendant le transport et éviter la casse. Mais chaque lustre est accompagné de sa notice d’installation illustrée étape par étape, pour reproduire à l’identique le montage présenté en étape n°6.
Ainsi, les clients mettent en règle générale 30min à 1h pour assembler un petit lustre à maximum 2h à 3h pour les plus grands. Une opération à réaliser une seule fois, rassurez-vous. Sauf dans le cas d’un nettoyage complet.
Et bien entendu, pour les lustres monumentaux ou les pièces spéciales, l’installation par un professionnel est disponible sur devis.
Au total, combien de temps faut-il pour fabriquer et assembler un lustre en cristal ?
Difficile de répondre à cette question précisément, tant la durée varie selon le type de lustre, le nombre de feux, le nombre d’éléments comme les pampilles ou les options choisies.
Mais pour vous donner une fourchette, les modèles les plus simples sont généralement fabriqués en 2 à 3 semaines et les lustres plus complexes, sur commande, en 6 à 12 semaines.
Conclusion
Entre la conception, les centaines de pièces à souffler, tailler, polir à la main, l’armature à façonner sur mesure, le câblage et le montage manuel, pièce par pièce… fabriquer un lustre en cristal se révèle être un véritable orchestre à gérer.
Ce qui explique, en partie, que les lustres en cristal coûtent aussi cher. Parce qu’au-delà de la qualité du cristal, le nombre de pièces, les heures de travail manuel et l’expertise nécessaire pour tout assembler… chaque lustre est une petite prouesse.
Une prouesse onéreuse à s’offrir, certes. Mais une prouesse qui, une fois accrochée, illuminera votre intérieur pendant des générations.
P.S. Pour votre culture : à l’heure actuelle, seuls deux pays maîtrisent encore cette prouesse de fabriquer d’authentiques lustres en cristal : la France avec Baccarat & Saint-Louis. Et la Bohême, l’inventeur des lustres en cristal modernes et notre principal partenaire.