Quel est le point commun entre le Palais de Dolmabahçe à Istanbul, le Château de Versailles ou la même rame du métro à Dubaï ? Sur le papier, aucun. Mais dans la réalité, tous ces lieux sont illuminés par le cristal de Bohême.
Un cristal, ou plutôt un savoir-faire, avec +800 ans d’histoire.
De sa naissance médiévale dans les forêts du Nord de Bohême, en passant par sa conquête mondiale au siècle des Lumières, sa période sombre du nazisme/communisme, jusqu’à son renouveau d’aujourd’hui et sans oublier la fausse idée reçue du plomb… vous allez tout savoir sur ce cristal devenu emblématique.
Table des matières
Préambule :
Cet article ne traite que de l’histoire, des origines, des grandes maisons et des lieux emblématiques du cristal de Bohême.
Étant donné que sa composition, sa fabrication et son nettoyage sont similaires aux autres types de cristal (ceux de Baccarat, Lalique ou Saint-Louis par ex), nous vous invitons à consulter les articles respectifs sur ces sujets :
Qu’est-ce que le cristal de Bohême ?
Le cristal de Bohême désigne le verre de très haute qualité produit dans la région historique de Bohême, en République Tchèque (dont il tient son nom, vous l’aurez compris).
La Bohême ?
C’est l’une des 2 régions historiques du pays avec la Moravie. Elle couvre la partie occidentale et centrale du pays actuel, frontalière de l’Allemagne, de la Pologne et de l’Autriche, avec Prague pour capitale historique.
Une région abritant la fameuse “Vallée du Cristal”, berceau du cristal de Bohême, dans laquelle on retrouve la grande majorité des cristalleries réparties entre 6 villes : Nový Bor, Jablonec nad Nisou, Železný Brod, Kamenický Šenov, Harrachov, ainsi que Karlovy Vary à l’ouest.
Et concernant la présence de plomb alors ?
Eh bien contrairement à ce que beaucoup de sites racontent, le cristal de bohême ne contenait historiquement pas de plomb. À l’origine, il s’agissait simplement d’un verre à base de potasse, de chaux et de sable de quartz. Formule unique au monde qui lui a permis de rivaliser, à la fois, avec le cristallo vénitien et le flint glass anglais inventé par George Ravenscroft en 1674 (ancêtre du cristal tel qu’on le connaît aujourd’hui).
Comment le reconnaît-on ?
Certains sites vous diraient par raccourcis “grâce à la présence de plomb dans sa recette”. Sauf que, même si c’est devenu techniquement vrai avec le temps et que le fameux “24% PbO” s’est rapidement associé avec le cristal de Bohême ;
Les vrais éléments historiques étaient :
Le volume et l’épaisseur :
Les verriers tchèques travaillaient sur des masses de cristal généreuses, là où les verriers de Murano privilégiaient la finesse. C’est cette épaisseur qui permettait des tailles plus profondes.
La taille riche et profonde :
Étoiles, biseaux, pointes de diamant, motifs floraux… la splendeur de taille est devenue LA signature du cristal de Bohême à partir de 1609 (on vous explique un peu plus bas pourquoi). Un savoir-faire transmis sur +15 générations qui leur permet aujourd’hui encore de tailler à la main des pièces que les machines ne savent pas reproduire.
Le rendu mat :
Contrairement à nos cristalleries françaises comme Baccarat ou Saint-Louis qui polissent souvent leurs tailles, les Tchèques aiment laisser la taille mate, donnant un contraste laiteux caractéristique.
Le cristal de couleurs :
Rouge rubis, bleu profond, vert émeraude, ou même dorure à l’or 24 carats… la couleur est indissociable du cristal de bohême.
Pour aller plus loin, on vous invite directement à consulter notre article sur “comment reconnaître du cristal”. Car les conseils (historiques) restent globalement les mêmes.
Maintenant :
Avec les restrictions de plus en plus nombreuses sur l’usage de plomb, les contrefaçons qui se perfectionnent et les marques qui peuvent porter à confusion (“Bohemia Crystal” par exemple, qui est une marque déposée connue pour ses pièces décorées à la main, en Tchéquie certes, mais des pièces importées de pays limitrophes)… c’est de plus en plus dur de faire la différence, surtout pour un œil non entraîné.
Donc si on est honnête avec vous, le seul moyen encore viable d’être sûr de l’authenticité d’une pièce (surtout sur internet) c’est :
1 : Connaître les manufactures encore en activité qui produisent de l’authentique cristal de bohême (on vous en parle plus bas). Car malheureusement, la plupart des produits internet vendus comme “authentiques” sont aujourd’hui fabriqués à la machine (ou simplement… pas du tout fabriqués en Bohême).
2 : Toujours demander l’information au site ou au particulier à qui vous achetez. Si les infos ne sont pas claires, vagues, ou qu’ils ne peuvent même pas citer la verrerie productrice… méfiance.
D’autant que, contrairement au verre de Murano, le cristal de Bohême ne possède pas encore de label protégeant l’appellation.
Origines & histoire : le cristal de bohême en 8 périodes clés
Période n°1 : Les origines médiévales entre le XIIIème et le XIVème siècle
Les premières traces documentées de verreries en Bohême remontent au XIIIème siècle.
Mais à cette époque, on est encore loin de parler de “cristal”, car on produit du “verre de forêt” (“Lesní sklo” tchèque, “Waldglas”en allemand) :
Un nom tiré de sa teinte verte issue des impuretés ferreuses, fabriqué à partir des ressources locales (sable de quartz, potasse issue des cendres de bois, chaux).
La production se concentre logiquement dans cette région aux conditions naturelles idéales : un sable de quartz pur dans les Sudètes, des forêts immenses pour alimenter les fours et produire la potasse et des cours d’eau rapides pour entraîner les ateliers de taille.
Déjà à l’époque, tout était réuni pour faire de la Bohême un berceau européen du verre.
Période n°2 : L'apport décisif des verriers de Murano grâce à Charles IV
Au XIVème siècle, Charles IV de Luxembourg (roi de Bohême et empereur du Saint-Empire romain germanique), décide d’inviter à sa cour des verriers vénitiens venus de Murano (alors centre mondial incontesté de l’art verrier) pour enrichir le savoir-faire local.
Un transfert de techniques visibles sur les vitraux de la cathédrale Saint-Guy qui deviennent l’une des merveilles européennes de l’époque.
Et même si les Vénitiens repartent, les Tchèques ont retenu l’essentiel. Ensuite, quelques décennies suffiront à leurs successeurs pour aller plus loin que leurs maîtres en élaborant leur propre formule à partir de leurs ressources locales.
Période n°3 : XVIème siècle : la véritable naissance de la suprématie du cristal de Bohème (Rodolphe II & âge d’or des tailleurs)
Rodolphe II de Habsbourg (empereur du Saint-Empire et roi de Bohême entre 1576 et 1612) installe sa cour impériale à Prague pour en faire le centre culturel et artistique de l’Europe centrale.
Pour ça, il y rassemble alchimistes, astronomes, peintres ET SURTOUT… graveurs sur pierres précieuses. Dont un en particulier qui marquera l’histoire : Caspar Lehmann.
Pourquoi lui en particulier ?
Parce qu’en 1609, il obtient un brevet impérial pour la gravure sur verre. Et y transpose les techniques millénaires de glyptique (gravure sur pierres dures/précieuses).
Une innovation mondiale qui marque la naissance de LA signature stylistique du cristal de Bohême : une taille riche, profonde et sculpturale.
Période n°4 : Entre siècle baroque, siècle des Lumières et conquête mondiale
Probablement l’une des périodes les plus prolifiques pour le cristal de Bohême.
Car même si la Guerre de Trente Ans ravage l’Europe Centrale, le style baroque, lui, émerge de ses ruines. Et le cristal de Bohême en devient le support privilégié : ostentation, mouvement, lumière, démesure.
C’est à ce moment-là que les verriers tchèques perfectionnent une nouvelle formule à base de potasse et de chaux. Résultat ? Un verre plus clair, plus dur et plus stable que le cristallo vénitien.
Une formule (sans plomb !) qui devient la signature du cristal de Bohême. Et ce, pendant +2 siècles.
Selon une tradition souvent répétée, un maître-verrier nommé Müller aurait perfectionné la recette autour de 1683, mais aucune archive officielle ne confirme cette anecdote avec certitude.
Une formule qui plaît, puisqu’après ça, tout s’enchaîne très vite :
– En 1712, la verrerie Novosad & Son à Harrachov voit le jour (c’est, aujourd’hui encore, la plus ancienne verrerie privée au monde en activité continue).
– En 1724, Josef Palme lance la production industrielle de lustres tchèques à Prácheň, près de Kamenický Šenov.
– Et un an plus tard, en 1725, les premières archives mentionnent l’exportation officielle de ces lustres vers le Château de Versailles ou même celui de Fontainebleau, sous Louis XV.
Suite à ça, le cristal de bohême s’empare petit à petit des cours royales du monde entier :
– Sultan Osman III.
– Tsarine Élisabeth de Russie.
– Impératrice Marie-Thérèse d’Autriche (qui donnera son nom à un style encore très populaire de lustres en cristal, le Maria Theresa).
– Etc.
Période n°5 : Le XIXème siècle, entre industrialisation, innovation et naissance d’une légende
Machines à vapeur, fours plus efficaces, premières productions semi-mécanisées : la Révolution industrielle du 19ème transforme la production.
Et un homme en particulier en tirera profit :
Friedrich Egermann, LE génie du verre coloré, qui s’installe à Nový Bor (dans la Vallée du Cristal) en 1820.
Avant d’y développer une série d’innovations majeures :
– En 1829, il invente le “Lithyalin”, un verre marbré imitant les pierres semi-précieuses.
– En 1832, c’est au tour du rouge rubis à base d’ions cuivre, ce qui démocratise la couleur la plus emblématique du cristal de Bohême.
Des innovations récompensées, puisqu’il devient le premier industriel tchèque à recevoir la médaille d’or de l’Union pour l’encouragement de l’industrie en Bohême. Et être visité dans son atelier par l’empereur Ferdinand V en personne.
Puis en 1857 :
Un jeune graveur de 24 ans nommé Ludwig Moser ouvre son atelier à Karlovy Vary. Et à peine 16 ans plus tard, en 1873, il devient LE fournisseur exclusif de l’empereur François-Joseph Ier.
La légende “Moser” (la cristallerie la plus réputée & prestigieuse de Bohême à ce jour) était née…
Période n°6 : La période sombre du XXème siècle entre guerres, nazisme, communisme et nationalisation
Après la chute de l’Empire austro-hongrois et la naissance de la Tchécoslovaquie, l’industrie verrière souffre des deux guerres mondiales (occupation nazie, expulsion forcée, perte de main-d’œuvre).
Et malheureusement, ça ne s’arrête pas là parce qu’en 1948, le coup de Prague (prise de pouvoir communiste) entraîne la nationalisation complète du secteur.
Résultat ?
Les noms historiques disparaissent au profit de combinats d’État : Borocrystal (fusion de 55 ateliers en 1945), Borské sklo, Železnobrodské sklo, puis Crystalex en 1974.
C’est également sous ce régime communiste que Preciosa (autre grand nom du cristal de bohême actuel) en regroupant 7 grandes verreries et 18 ateliers du nord de la Bohême. Une création marquée par des débuts sombres, à cause de l’utilisation de prisonniers comme main-d’œuvre forcée.
Période n°7 : La renaissance fin XXème
Heureusement, cette période sombre prend fin en 1989 avec la chute du communisme grâce à la Révolution de Velours. Le cristal de bohême renaît ainsi de ses cendres : les privatisations des années 90 voient le retour des grands noms historiques : Moser, Rückl, Harrachov-Novosad, Caesar Crystal, Egermann.
Et en 1992, l’ex-Tchécoslovaquie est dissoute.
Période n°8 : Aujourd’hui, entre tradition et modernité
Aujourd’hui, 8 siècles après ses premières traces, et malgré des défis majeurs (coûts énergétiques, réglementations sur le plomb, concurrences étrangères, etc.) le cristal de bohême est toujours debout et se porte plutôt bien.
Le secteur emploie plusieurs milliers de personnes et exporte dans le monde entier, porté par :
– Les grandes maisons historiques qui perpétuent la tradition du cristal de bohême soufflé bouche et taillé main : Moser, Rück.
– Le tourisme industriel en plein essor dans la Vallée du Cristal.
– Ou encore les cristalleries plus confidentielles, mais qui participent à perpétuer cet art.
La tradition verrière de Bohême est donc plus vivante que jamais. Elle attend désormais son inscription au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.
Le cristal de bohême, un rayonnement international : pourquoi est-il si populaire ?
Précision à noter : il est surtout populaire pour l’art de la table, les lustres et les vases. Les décorations type sculptures restent le terrain de jeu du verre de Murano ou du cristal français comme Lalique/Daum.
Mais alors… comment un savoir-faire né dans les forêts d’Europe centrale a-t-il pu équiper les palais royaux du monde entier pendant trois siècles ?
Plusieurs raisons “techniques” à ça (dont on a déjà un peu parlé) :
Le savoir-faire de la taille unique au monde :
Là où Murano excelle dans le travail à chaud, la Bohême a fait de la taille et gravure à froid son langage. Pour les Tchèques, le cristal est une sculpture, où la coupe, la gravure et la lumière travaillent ensemble pour atteindre un résultat impossible à obtenir autrement.
La signature stylistique reconnaissable entre toutes :
Volumes généreux, contours nets, taille opulente, cristal de couleurs (rouge rubis, bleu profond, vert émeraude) ou encore dorure à l’or 24 carats (dont Moser reste la référence mondiale)… le cristal de Bohême se reconnaît au premier coup d’œil, même sans étiquette (du moins pour un oeil expérimenté comme on vous l’expliquait plus haut). Une identité visuelle forte, forgée sur plusieurs siècles, qui a traversé le temps.
La brillance et l’éclat :
Même si le plomb ne faisait pas partie de la recette initiale, il est venu s‘y ajouter avec le temps, pour devenir l’une des signatures du cristal de bohême pour le grand public. Ce qui, soyons honnêtes, a fortement participé à asseoir sa réputation de l’un des (si ce n’est LE) plus pures, brillants et éclatants au monde.
Mais aussi des raisons de prestige grâce à :
Sa présence dans les palais et lieux d’exception
Forcément, l’engouement des rois & empereurs il y a plusieurs siècles et les premières apparitions du cristal de bohême au sein de lieux prestigieux comme le Château de Versailles… ont rapidement propagé le phénomène avec un effet boule de neige. Qui continue encore aujourd’hui.
Alors, entre :
– François-Joseph Ier d’Autriche, Édouard VII d’Angleterre, Shah de Perse Mozaffar ad-Din, Familles Royales du Golfe.
– Cadeaux d’État offerts à la reine Élisabeth II, au pape PI ou Jean-Paul II.
– Trophées du Tour de France ou du Miami Open de tennis.
– Ou même la simple omniprésence dans les opéras, hôtels de luxe, casinos, yachts privés et halls d’aéroport internationaux.
Une partie du succès du cristal de bohême s’explique par cet héritage prestigieux. Qui en fait, au-delà de sa beauté, un bon investissement pour certains.
Et donc, quel impact pour le cristal de Bohême avec l’interdiction du plomb ?
On en parle en détail dans notre article sur la composition du cristal, mais on tenait obligatoirement à refaire un point ici étant donné que le plomb est devenu une composante centrale du cristal de bohême.
Une composante en sursis puisque les autorités Européennes envisagent d’interdire son utilisation dans les prochaines années pour des questions d’environnement et de santé des salariés.
Une cause noble, certes. Mais qui posent de sérieuses questions si il vient à être adopté. Notamment de savoir si toute l’Europe sera touchée.
Et c’est là notre lien avec le cristal de Bohême :
Car il est devenu une partie non négligeable du patrimoine culturel, du rayonnement (et de l’économie) de la République Tchèque. Considéré comme le plus brillant et éclatant du monde, notamment dû à la présence des fameux 24% de plomb, ils ne peuvent (et ne veulent) probablement pas se permettre d’enterrer une partie de leur culture comme ça.
Parce que même si des cristalleries comme Moser ont réussi la bascule. Il faut que vous gardiez en tête que Moser est un « ovni » sur la planète cristal, qui est passé au cristal sans plomb dès 1893 grâce à son créateur visionnaire Ludwig Moser.
Aujourd’hui, avec le coût de la vie, des matières premières et de la main-d’oeuvre, la plupart des cristalleries et artisans indépendants n’auront pas les moyens de développer de nouvelles recettes pour conserver les mêmes caractéristiques que l’historique cristal au plomb, tout en continuant d’assurer la production manuelle, en respect des traditions.
Ces nouvelles mesures forceraient donc beaucoup d’entre eux à mettre la clé sous la porte… Mais encore une fois, reste à savoir si le gouvernement Tchèque, très fier de sa culture, souhaite vraiment enterrer un pan entier de son économie.
Affaire à suivre de très près pour les amoureux du cristal et de l’artisanat…
Le paysage du cristal de bohême : les manufactures à connaître
Les grandes manufactures
Moser :
Fondée par Ludwig Moser en 1857 et notre principal partenaire (une grande fierté !), Moser est la maison la plus prestigieuse de Bohême. 1ère cristallerie de rang mondiale à maîtriser le cristal sans plomb, elle emploie aujourd’hui -400 personnes pour une production exclusivement manuelle. Chez Moser, on a refusé la rentabilité des machines pour l’excellence artisanale et le savoir-faire humain. Pour un seul vase ? Comptez 40 verriers minimum et plusieurs jours de travail.
Surnommée “Verres des rois, Roi du verre” en raison de sa clientèle (François-Joseph Ier, Shah de Perse, sultan de Turquie Abdul Hamid II, Pape PI XI, roi Édouard VII, etc.)… vous pouvez découvrir ses pièces & collections phares sur cette page.
Artěl Glass :
Fondée en 1998 par Karen Feldman, une designer new-yorkaise installée à Prague depuis 1994, avec seulement 2 500$ d’économies, la maison se distingue par un parti pris unique : 100% cristal sans plomb, soufflé bouche et décoré à la main par des artisans tchèques, avec un style contemporain. Un parti pris qui séduit car elle compte dans sa clientèle : Rolls-Royce, Gucci, Christian Dior, Asprey ou même la Fondation Elie Wiesel pour l’Humanité. Artěl a aussi été couronnée en 2009 “Manufacturer of the Year” aux Czech Grand Design Awards, ex-aquo avec… Moser.
Preciosa :
Né de la fusion de 7 grandes verreries et 18 ateliers du nord de la Bohême, Preciosa est le leader mondial des lustres en cristal et des perles fantaisie, concurrent direct de Swarovsky.
Rückl :
Spécialisée dans le cristal taillé main haut de gamme, cette manufacture familiale dont les racines remontent au XVIIème siècle est notamment connue pour ses cadeaux diplomatiques offerts à la reine Élisabeth II et au pape Jean-Paul II.
Lasvit :
Avec un nom combinant “láska” (amour) et “svit” (lumière), Lasvit s’est imposée comme la signature mondiale du cristal de Bohême contemporain, entre installations lumineuses monumentales et créations sur mesure. Quelques références ? Le Trophée du Tour de France déjà ! Mais aussi les hôtels Mandarin Oriental, le métro de Dubaï, Singapour Airlines et globalement : villas privées, restaurants de luxe ou yachts du monde entier.
Bomma :
Ressuscitée en 2012 sur les cendres d’une verrerie locale historique fermée en 2008, elle est également spécialisée dans la fabrication (main !) de luminaires en cristal. Et s’est rapidement imposée dans la cour des grands : boutique Audemar Piguet, penthouse à Miami, cathédrale, etc.
Novosad & Son :
Comment ne pas mentionner la plus ancienne verrerie privée au monde, encore en activité ? Fondée par Elias Müller sur les terres des comtes Harrach, elle reste propriété des Harrach jusqu’en 1943 au moment de sa vente forcée sous l’occupation nazie et de sa nationalisation en 1948. Racheté en 1993 par František Novosad, aujourd’hui dirigé par son fils Petr, le site abrite un musée du verre de +5 000 pièces, une brasserie, un spa à bière et un atelier de taille centenaire entraîné par turbine hydraulique, unique au monde.
Les manufactures confidentielles et familiales
À côté de ces grandes maisons, la Bohême compte des dizaines d’ateliers familiaux qui maintiennent une production en très petits volumes, souvent uniquement sur commande.
Ce sont eux qui préservent la diversité du savoir-faire :
Ladislav Ševčík (à Železný Brod) :
Manufacture familiale et ultra-confidentielle, spécialisée dans la taille du cristal. Souvent missionnée par l’État pour les cadeaux diplomatiques, vous pouvez néanmoins acheter certaines de leurs pièces si vous connaissez les bonnes personnes. Et ça tombe bien car nous sommes en contact avec eux. Alors contactez-vous 😉
Halama Glass :
Production artisanale en petits volumes dirigée par Robert Halama, qui chapeaute également Sklo Šafránek et Glass Studio Oliva.
Pačinek Glass :
Fondée par Jiří Pačinek, ancien sportif devenu maître-verrier après avoir vu un documentaire à la télévision, elle est spécialisée dans les grandes sculptures contemporaines (chevaux, oiseaux, plantes) et connue pour son “Crystal Garden”.
Wranovsky Crystal :
Entreprise familiale fondée par Josef Wranovsky, elle est spécialisée dans la fabrication artisanale et 100% main de luminaires en cristal. Avec une approche, sur commande, elle est l’une des leaders des lustres en cristal pour particuliers (et l’un de nos principaux partenaires).
ArtCrystal Tomeš :
Nichée au cœur de la Vallée du Cristal, c’est une autre entreprise familiale spécialisée dans la fabrication artisanale (et manuelle) de lustres en cristal haut de gamme. Et l’un de nos partenaires également. Fondée en 1989 par Bořivoj Tomeš, elle est dirigée depuis 2023 par son fils Vítězslav Tomeš, qui perpétue l’héritage familial.
Caesar Crystal Bohemiae :
Spécialiste du cristal doublé couleur taillé à la main, elle est héritière de la verrerie fondée par le marchand viennois Josef Schreiber en 1861.
Bien sûr, ceci n’est pas une liste exhaustive et à elle s’ajoute des ateliers comme Vitrum, Jaroš Glass Works, Lhotský, UMYO Glass, Glass Dáša, Hela Glass ou Urbanglass.
Les manufactures industrielles
Même si chez Cristal Art & Déco, nous mettons un point d’honneur à ne revendre uniquement que de l’authentique cristal de bohême, soufflé bouche et taillé main selon les traditions ;
Il existe aussi une production semi-industrielle et industrielle qui satisfait la demande mondiale :
Comme Crystalex CZ :
Né de la fusion communiste de 55 ateliers en 1945, c’est le premier producteur tchèque de verres à boire, avec +50 millions de pièces produites par an et 95% à l’export. C’est également elle qui détient la marque déposée “Bohemia Crystal” depuis 1974.
Ou encore Crystal Bohemia, a.s. :
Manufacture historique de cristal au plomb traditionnel 24% PbO, en production semi-industrielle.
Cristal de bohême & tourisme : les lieux à visiter
Vous prévoyez un voyage en République Tchèque ? Alors ne vous arrêtez pas qu’à Prague (la vitrine commerciale du cristal de bohême) et profitez-en pour visiter les berceaux du cristal de bohême :
Bohême du Nord (la Vallée du Cristal) :
Dans cette région, ce n’est pas le choix qui manque. Entre Nový Bor (la capitale historique du verre tchèque), Jablonec nad Nisou (capitale de la bijouterie en verre), Kamenický Šenov (berceau historique des lustres depuis 1724 qui abrite la plus ancienne école de verrerie au monde), Železný Brod, Harrachov ou même Poniklá (où est produit les dernières décorations de Noël en perles de verre soufflé au monde, inscrites au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO depuis 2020)… vous aurez déjà une bonne idée du paysage du cristal de bohême.
Bohême occidentale :
Ici, c’est Karlovy Vary, capitale thermale inscrite à l’UNESCO et siège mondial de Moser, qu’il ne faut surtout pas manquer. Après du bon temps dans une station thermale, ne ratez sous aucun prétexte la visite du Musée Moser au sein même de la cristallerie, son Café ou ses deux boutiques en ville.
Bohême centrale :
En vous rendant à Nižbor dans les ateliers Rückl, vous profiterez d’une visite guidée de la fonte au polissage, avec démonstrations en live de soufflage à la bouche.
Cristal de bohême : une relève assurée ?
Entre les coûts énergétiques, la pression réglementaire et la concurrence asiatique moins chère, on pourrait se demander si le cristal de bohême a encore un avenir devant lui.
Et on vous répond sans faire durer le suspense : oui, et même un très bel avenir !
Car malgré les turbulences que le secteur traverse :
Les manufactures recrutent, le design contemporain tchèque rafle les prix internationaux, la candidature du cristal de bohême à l’UNESCO progresse ;
Et surtout : les écoles fonctionnent !
Car oui, le savoir-faire bohémien ne se transmet pas seulement de père en fils dans les ateliers, mais aussi dans les écoles de la Vallée du Cristal telles que :
– L’École de verrerie de Kamenický Šenov, plus ancienne école de verrerie au monde, fondée en 1856. Placée sous patronage UNESCO depuis 2005, elle est classée parmi les établissements d’enseignement d’élite mondiaux.
– L’École industrielle de verrerie de Nový Bor, refondée après 1945.
– L’École de verrerie de Železný Brod, historiquement la première école de verre entièrement en langue tchèque. Fondée en 1920, elle continue encore aujourd’hui de former une partie de la nouvelle génération de designers verriers.
Et aussi d’autres enseignements supérieurs tels que l’Académie des Arts, Architecture et Design de Prague ou l’Université Jan Evangelista Purkyně à Ústí nad Labem qui disposent d’ateliers de verre de réputation internationale.
En résumé :
Les jeunes du pays admirent le savoir-faire du cristal de bohême, s’y intéressent et se forment déjà pour prendre la relève et perpétuer cette tradition artisanale millénaire. Ainsi, contrairement à notre filière française qui repose en grande partie sur les 4 fantastiques (Daum, Lalique, Saint-Louis, Baccarat) le cristal de Bohême, lui, ne cesse de s’adapter, d’innover et de se développer.
Conclusion
Avec :
– 8 siècles d’histoire.
– Une galaxie de manufactures (aussi bien composée des géants centenaires comme Moser que d’ateliers familiaux quasi confidentiels).
– Un savoir-faire de la taille unique au monde.
– Des pièces illuminant aussi bien le Château de Versailles, les cathédrales, que les villas privées du monde entier.
– Et une relève formée dans les plus anciennes écoles de verrerie au monde.
Le cristal de Bohême n’est ni un objet du passé, ni un produit comme un autre : c’est l’une des plus belles traditions artisanales vivantes d’Europe.
Vous souhaitez vous procurer une pièce en authentique cristal de Bohême ?
Jetez un œil à nos verres en cristal de bohême, nos vases en cristal de bohême, nos lustres en cristal de bohême. Ou simplement pour chiner, notre page générale dédiée au cristal de bohême.