Avec +1000 ans d’histoire, le verre de Murano est la plus ancienne tradition verrière au monde, encore en activité. Et comme chaque tradition, elle possède son propre vocabulaire, bien souvent en italien ou en dialecte vénitien, transmis de génération en génération.
Un jargon que les maîtres verriers de l’île maîtrisent depuis la naissance, mais qui devient vite incompréhensible pour quelqu’un qui n’est pas du métier. Enfin… jusqu’à aujourd’hui !
Ce glossaire, traduit en français par nos soins depuis les termes recensés par les institutions officielles, s’adresse aux collectionneurs, aux acheteurs ou à tous les curieux qui veulent comprendre à quoi renvoie un mot précis.
Pour l’histoire complète du verre de Murano, consultez notre article tout savoir sur le verre de Murano. Et pour le détail des techniques signatures, rendez-nous sur notre article dédié à la fabrication du verre de Murano.
Table des matières
Le grand glossaire du verre de Murano, en français, trié par ordre alphabétique
Ci-dessous, vous trouverez au total +250 termes du vocabulaire muranais, classés de A à Z.
Nous avons tâché d’être le plus exhaustif possible. Ce glossaire contient ainsi les termes de chaque geste, chaque outil, chaque type de verre ou chaque effet décoratif. Beaucoup sont encore utilisés aujourd’hui en fournaise, d’autres sont anciens et tombés en désuétude, mais tous appartiennent au patrimoine de l’art verrier vénitien.
Alors… bonne lecture !
Ce glossaire est inspiré et traduit en français, le plus fidèlement possible, depuis les glossaires officiels du Consorzio Promovetro Murano (gestionnaire du label Vetro Artistico® Murano), du Museo del Vetro di Murano et de la verrerie Ongaro & Fuga pour les termes propres aux miroirs vénitiens.
Cliquez pour atterrir directement aux bonnes lettres :
A
A torcélo, a torséllo :
Désigne la manière particulière de colorer un verre. Tout d’abord, par *spegnaùro au moyen d’une *tociàda. Puis, à l’aide de borselle *da pissegàr, d’enrouler et de remuer le verre sur le *pontello afin d’obtenir une coloration homogène.
Alati :
Verres ou coupes munis de petites “ailes” latérales en verre, placées sur les côtés ou au-dessus des anses, à des fins décoratives. Appelés en allemand “Flugelglaser”, ce sont des pièces typiques des XVIème-XVIIème siècles, assez peu produites de nos jours.
Alból, albuól :
Caisse en bois servant au mélange de la composition du verre.
Alboleti :
Alból plus petits.
Alla prima :
Terme muranais désignant la réalisation d’un objet de manière continue, sans qu’il soit nécessaire d’ajouter des parties supplémentaires, ni de le réchauffer. On l’emploie aussi lorsque l’objet est de petite taille et ne demande pas un travail soigné. Pour comprendre plus en détail les étapes de réalisation d’un objet en verre de Murano, lisez notre article dédié.
Allume catino :
Cendre végétale sodique, importée sous ce nom depuis la Syrie et utilisée comme fondant (similaire à la *ròscano).
Amalgama :
Technique employée jusqu’à la fin du XVIIIème siècle pour l’argenture des miroirs : elle consiste à appliquer une feuille d’étain sur la plaque de verre au moyen du mercure.
Anzinello :
Crochet en fer, fixé sur l’anzipetto, capable de soutenir le poids de la canne et du verre, posé sur un axe perpendiculaire à la bouche du four.
Anzipetto :
Planche en bois épais, souvent revêtue de tôle métallique, placée à gauche de la bouche du four de façon à protéger le verrier du rayonnement de celui-ci.
Applicazioni a caldo :
Technique très utilisée à Murano consistant à appliquer, pendant le travail de l’objet, des fils, bords, anses de formes, couleurs et dimensions variées. Le résultat est esthétiquement réussi lorsque ces applications sont régulières et précises.
Ara (aussi Era) :
Partie arrière du four muranais qui faisait autrefois office de recuit. C’est-à-dire servait à la « recuisson » des objets finis pour éviter la casse.
Argentà [terme propre aux miroirs vénitiens] :
Désigne les différentes techniques d’argenture employées pour rehausser l’aspect du verre des miroirs vénitiens. On distingue ainsi l’Argentà :
– In bianco : argenture normale offrant une finition brillante et réfléchissante, idéale pour les miroirs classiques.
– A vecio : procédé de vieillissement donnant au miroir un aspect ancien, imitant la patine naturelle du temps pour un effet vintage.
– A piombo : argenture à base de plomb qui donne au miroir une teinte sombre tirant sur le violet, ajoutant une touche luxueuse au verre.
Asio (ou agio) :
Plan horizontal légèrement incliné sous la bouche du four, sur lequel coule souvent le verre fondu lorsqu’il est extrait des creusets.
Attaccagambi :
Signifiant “jambières”, c’est la tâche qui consiste à réaliser la jambe d’un verre ou d’un objet à pied. Tâche typique du travail des verres, elle est en général confiée au *servente, l’ouvrier juste en dessous du “Maestro”.
Avòlio (avolio) :
Terme donné à la jonction en forme de petite bobine entre la tige et le pied d’un verre, d’une coupe ou d’un *tipetto.
Avventurina (aussi appelé : aventurine, venturina, stellaria, stellatia) :
Type de verre inventé par les verriers muranais dans la première moitié du XVIIème siècle, laissant apparaître au sein de la masse de petits cristaux de cuivre, produisant un effet brillant et scintillant comme des étoiles (d’où le nom “stellaria”). Son nom, signifiant “aventure”, vient du fait que le résultat est incertain, même pour un verrier expérimenté. Le secret de sa production, perdu à la fin du XVIIème siècle, semble avoir été retrouvé au début du suivant par Vincenzo Miotti.
B
Ballottòn (balloton) :
Moule en métal produisant un effet de reliefs croisés sur le verre. Le moule contient à l’intérieur des pointes en forme de petite pyramide à base carrée qui, lors du soufflage, donnent précisément un effet de relief croisé. Un moule dont découle d’autres effets puisqu’en recouvrant une *péa moulée au ballottòn d’une *coperta de type *sommerso, on obtient l’effet “bullicante”, constitué d’une multitude de très petites bulles d’air emprisonnées entre deux couches de verre. Et en appliquant une feuille d’or sur la péa après l’avoir soufflée dans le moule ballottòn, puis en retirant l’or devant les creux à l’aide d’une brosse, on obtient un autre effet, en nid d’abeille.
Banco (del forno) :
Portion horizontale basse dans le four traditionnel muranais, destinée à soutenir les *padelle, les *palati, les *ninfette et les *croisioli. Au centre du banc se trouvait un trou d’environ 30/40 cm de diamètre appelé “ocio” (œil), qui mettait le banc en communication avec la *castra située en dessous et permettait l’afflux de la flamme dans le four proprement dit. La flamme, par effet naturel de tirage, tendait à sortir par les diverses bouches du four, créant ainsi une circulation des flammes nécessaire aux *calde et au travail du verre, avant de ressortir par le *cavalletto dans la *tempera et *l’ara.
Bardella :
Petite planche en bois fixée à une cuisse du maître pour y appuyer la canne pendant le travail. Aujourd’hui remplacé par des accoudoirs sur le *scagno.
Besegnácho :
Terme ancien qui devait probablement désigner un type de verre soufflé.
Bevànte :
Nom donné à la partie supérieure d’un verre, celle destinée à contenir le liquide (ce qu’on appelle en français, la “cheminée »).
Bizeo [terme propre aux miroirs vénitiens] :
Technique consistant à meuler les bords d’une plaque de verre pour créer une finition biseautée. Ce procédé réduit le tranchant du verre, le rend plus sûr à manipuler et plus résistant aux éclats. De plus, les bords biseautés ont tendance à capter et refléter la lumière, ce qui ajoute une profondeur visuelle. C’est donc à la fois une finition pratique ET une technique décorative qui accentue le design général d’un miroir.
Bòcca :
Ouverture du four par laquelle on prélève le verre et on le réchauffe pendant le travail. Elle peut être de dimensions variées selon la grandeur de l’objet, mais reste toujours fermée par un couvercle (*covercio) durant la phase de fusion.
Bolle (Bullicante) :
Effet décoratif particulier utilisé dans les verres de forte épaisseur, consistant en une multitude de « bulles », grandes ou petites, disposées en couches superposées à l’intérieur de la paroi vitreuse.
Bòlo (bolo) :
Terme muranais désignant la première portion de verre fondu, à peine prélevé du four, avant le travail. Parfois appelé “pastone”, “paresòn”, ou la “levàda”.
Borsèlla :
Pince qui sert à étrangler, modeler et donner forme aux objets. Avec la canne, c’est le principal outil du maître verrier. Et selon les opérations à réaliser, il en existe différentes formes :
– Da siègar (scier, étrangler).
– Da pissegàr (pincer).
– A gelosia (terminées par de petites palettes à signes croisés en métal).
– A scuelòto (en forme de cuillère).
– A coppo (en forme de tuile).
– A gàtolo (à creux transversal).
– A do gàtoli (à deux creux transversaux).
– A sguataròn (à nombreux creux transversaux).
– A spin de pesse (en arête de poisson).
– Lissie (plates, larges, sans modelage).
Broche [terme propre aux miroirs vénitiens] :
Petits clous décoratifs en pâte de verre utilisés pour fixer en place les éléments d’un miroir vénitien. Ils assurent la solidité structurelle tout en contribuant esthétiquement au design. On distingue deux types de broche :
– A fragoea : à tête mouchetée, ajoutant de la texture.
– Rigae : à tête rayée, rehaussant l’esthétique par leur allure linéaire, adaptée aux styles traditionnels comme modernes.
Bronzíno (bronzin) :
Grosse plaque autrefois en bronze (d’où l’étymologie) posée horizontalement sur une table ou un chevalet qui permet diverses phases du travail du verre. Aujourd’hui en fer, le verrier l’utilise principalement pour faire rouler le “bolo” et lui donner une forme cylindrique ou en poire. Opération appelée aussi *marmorizar. À l’origine, elle était aussi en marbre, dit “màlmoro” (marbre en dialecte vénitien).
Buffadòr :
Terme ancien désignant un verrier muranais de qualification professionnelle modeste, normalement affecté à la fabrication de verres d’usage courant (verres à boire, carafes).
Buffarìa :
Autrefois, verrerie de soufflés d’usage courant.
C
Calcedònio (ou chalzadònio, vetro calcedonio) :
Type de verre décoratif obtenu par mélange de différents oxydes métalliques pour obtenir des veinures multicolores, imitant la calcédoine (une pièce semi-précieuse). Inventé à Murano vers le milieu du XVème siècle par Angelo Barovier, le secret de sa fabrication fut perdu entre la fin du XVIIIème siècle et la première moitié du XIXème, avant d’être redécouvert par le verrier Lorenzo Radi au XIXème siècle.
Calchéra (calchera) :
Four à réverbère construit de façon à ce que la voûte renvoie la chaleur des flammes sur le sol. Il servait autrefois à préparer la “fritta”, en calcinant le mélange silice/fondant (opération préalable à la fusion du verre dans le creuset).
Calda :
Opération cruciale et répétée plusieurs fois durant le travail d’une pièce, qui consiste à ré-introduire dans la bouche du four le verre en cours de travail, afin de le ramollir et de permettre au verrier de continuer la mise en forme. Opération brève qui dure en moyenne 10 à 20 sec. On parle aussi de “mezza calda” lorsque l’exposition est encore plus brève.
Caldiére da lìssia de crestàli :
Grosses chaudières servant à lessiver la cendre végétale qui, à l’époque, fournissait aux verriers de Murano le fondant adapté à la préparation du *cristallo.
Cana :
Désigne des baguettes de verre clair ou coloré, élément fondateur de l’art verrier muranais, essentielles pour créer divers motifs et textures. On distingue donc les cana :
– Rigada : caractérisée par une large torsade, ajoutant des textures spiralées dynamiques.
– Rigadin : caractérisée par une torsade étroite et fixe, parfaite pour les motifs subtils et détaillés.
– Issa : entièrement lisse, sans torsade, mettant en valeur la pure clarté et l’éclat du verre.
Canna (canne) :
Tube long d’~140/150 cm et de diamètre 2 à 4cm, percé à l’intérieur, permettant le soufflage du verre. Outil fondamental du verrier, découvert au Ier siècle après J.-C. en Syrie. On les appelait à l’époque “feri buxi” (fers percés) ou simplement “ferri” (fers). Ce n’est qu’au XIXème siècle que le terme Canna apparaît dans le jargon muranais.
Canna da perleri :
Baguette de verre transparent ou opaque, obtenue par étirage manuel.
Canna da speo :
Canne percée d’assez gros diamètre, dont les segments enfilés sur de fins axes métalliques étaient arrondis à la flamme pour en faire des grains de *paternostri ou des *conterie.
Canna di vetro :
Baguette de verre d’épaisseur variable, monochrome ou polychrome, qui, coupée en sections, sert à fabriquer *le verre mosaïque ou *le verre murrino, ainsi qu’à réaliser la *filigrana et les *conterie.
Canna massiccia :
Canne pleine, baguette.
Canna millefiori :
Canne de verre formée de plusieurs couches de verre de formes et couleurs différentes, qui reproduisent en section le même motif décoratif de “milles fleurs” sur toute la longueur.
Canna per conterie :
Longue baguette de verre massive ou percée s’employant dans la production de *perles a lume.
Canna rosetta :
Canne pleine ou percée formée de couches de verre de différentes couleurs, façonnée à chaque prélèvement dans un moule ouvert à section en forme d’étoile. On en tire par découpe des cylindres présentant des motifs en étoiles concentriques, servant à réaliser perles, colliers, etc. En prélevant à chaud des disques de canna rosetta, ceux-ci s’englobent dans l’épaisseur du verre et créent, après soufflage, l’effet millefiori.
Canna sbusa :
Canne au trou plus ou moins gros par rapport au diamètre.
Canna stampada :
Baguette ou canne à section externe polygonale.
Caramal :
Local couvert, attenant à la fournaise, où l’on conservait le bois d’hêtre avant de le mettre à sécher rapidement dans les étuves.
Cassa :
Du latin ”caciam ad traghetando”, c’est une grosse cuillère en métal, en forme de demi-sphère, servant à mélanger ou à extraire du creuset la matière fondue pour la transférer dans d’autres creusets ou l’étendre sur le bronzino. Les premières mentions de cet outil fondamental remontent à 1348.
Cassiolìn :
Désigne une cassa, mais de plus petite taille.
Castra :
Partie inférieure du four classique muranais, en forme de parallélépipède, où l’on brûlait le bois d’hêtre.
Cavada, cavada de fogo :
Période estivale d’inactivité des fournaises durant laquelle les fours devaient être éteints et le travail suspendu.
Cavalletto :
Sorte de boîte en matériau réfractaire qui, dans les fours muranais traditionnels, acheminait les flammes. Sorties de la castra, elles passaient sur la tempera pour la recuisson des pièces.
Cazza da infornare :
Pelle servant à verser dans le creuset la “fritta” et les “cotizzi” (d’après un document de 1347).
Cazza da missiar :
Ustensile en fer à long manche, terminé par une cuillère, utilisé pour transférer le verre fondu d’un creuset à l’autre.
Cazza dai traghettar :
Pelle servant à prélever le verre déjà fondu du creuset et à le couler dans des bassins remplis d’eau (d’après un document de 1348).
Cesendello :
Lampe à suspendre typique dans lequel on versait l’huile qui, au moyen d’une mèche, brûlait lentement pour éclairer les pièces.
Ciocca (~bouquet de fleurs) :
Terme muranais en usage depuis le XVIIIème siècle pour désigner le lustre vénitien classique, formé de fleurs, feuilles et bras. De ce terme dérive “el liogo de le ciocche”, c’est-à-dire le local où l’on assemble les lustres vénitiens.
Coeor [terme propre aux miroirs vénitiens] :
Désigne les techniques de coloration employées pour donner au verre des teintes vives ou des motifs colorés. On distingue donc :
– In fogo : ajout de la couleur directement dans le verre fondu encore dans le creuset, pour une pièce uniformément colorée aux tons profonds et saturés.
– Coe mace : utilise un verre clair comme base, ensuite teinté à sa surface par une poudre de verre coloré, créant des effets uniques, parfois multicolores.
Cògoli :
Galets de rivière réduits en poudre très fine, utilisés dès la première moitié du XIVème siècle par les Muranais pour obtenir de la silice à la place du sable. Connus pour leur haute teneur en silicium, les “cògolo del Tesín” (galets du fleuve Tessin) étaient particulièrement prisés pour ça.
Colatura :
Aussi appelé “quari” dans l’ancien jargon, c’est une technique employée dans la fabrication des plaques de fenêtre et de miroir. Elle consiste à couler directement le verre fondu dans des formes rectangulaires de diverses dimensions. Inventée au XVIIème siècle en France, elle fut adoptée à grande échelle vers la fin du XVIIème siècle à Murano, en France et à Altare, près de Savone.
Collétto (colletto) :
En anglais “cullet”, il désigne le débris de verre à refondre resté attaché à l’extrémité des cannes ou des pontelli, après que l’objet travaillé en a été détaché. Terme présent dans les écrits muranais dès 1496.
Colorazione a caldo senza fusione (coloration à chaud sans fusion) :
Procédé exclusif de coloration du verre mis au point vers la fin des années 1920 par Ercole Barovier. Il consiste à insérer entre deux couches de verre transparent et incandescent, des substances chimiques (oxydes, sels). Ce qui crée, sous l’effet de la chaleur, des effets colorants spéciaux d’une beauté particulière, généralement jamais identiques les uns aux autres.
Colori in fògo :
Locution encore en usage à Murano, désignant un verre coloré en fusion au moyen d’oxydes ou de sels minéraux.
Conca :
Grand contenant cylindrique large et bas, généralement en bronze, en fonte ou en fer, dans lequel on verse le verre résiduel qui est réutilisé ensuite comme débris à refondre. C’est l’équivalent du “groisil” dans la fabrication du cristal.
Confitèra :
Dit aussi “dulcèra”., c’est un vase à couvercle utilisé dans la verrerie espagnole pour contenir des sucreries. Des “confitère” sont citées dans un inventaire de la fournaise de Maria & Giovanni Barovier du 4 mai 1496.
Conterìe :
Aujourd’hui appelées “conterie”, ce sont des très petites perles, obtenues en sectionnant à froid de fines cannes vitreuses percées et en arrondissant à chaud les cylindres obtenus. Autrefois, le terme “conterie” désignait des perles plus grosses, notamment utilisées pour les échanges avec les populations des pays coloniaux. Fabriquées à Venise dès le XVIème siècle, leur dénomination dérive du portugais “conto” (argent) ou du latin “comptus” (orné).
Conzaor :
Ancien terme désignant l’ouvrier chargé du contrôle et de la préparation du verre durant la phase de fusion. Les conzaori avaient directement sous leurs ordres les ouvriers “furlani” qui les aidaient dans ces tâches.
Conzaùra :
Sorte de “petite assiette” en verre de 6/8 cm de diamètre, sur laquelle on pose le *pastone pour tirer la canne.
Copi :
Éléments servant à recouvrir de façon invisible les jonctions entre les cannes de verre. Ils sont essentiels pour préserver l’intégrité esthétique et la finition lisse des pièces complexes : en dissimulant les jonctions, ils renforcent la continuité visuelle et l’élégance du design, tout en assurant la solidité structurelle là où plusieurs cannes se croisent.
Coperta :
Couche uniforme de verre fondu appliquée sur la *péa, servant à obtenir l’effet de *sommerso ou de *doublè. À ne pas confondre avec la *lèvada.
Corde :
Défaut de fabrication se manifestant comme une “corde entortillée” dans la masse vitreuse refroidie.
Cotizzo (aussi cotisso) :
Amas de gros morceaux de verre, généralement de la taille de galets de rivière, souvent réutilisé comme catalyseur dans le mélange vitrifiable. Même chose pour “cotisso”, qui désigne le verre qui reste dans le creuset et qui est versé dans la conca pour être réutilisé comme débris lors d’une fusion suivante.
Covercio (couvercle) :
Sert à fermer la bouche du four pendant la fusion. Elle comporte au centre un petit trou où l’on enfile la pointe d’un fer pour pouvoir le déplacer ou l’ôter. Les couvercles plus petits sont appelés “portine”.
Cristallino :
Autre nom donné au cristallo vénitien découvert par Angelo Barovier vers le milieu du XVème siècle.
Cristallo (Cristallo Veneziano) :
Surnommé “le cristal vénitien”, c’est un verre incolore et limpide, obtenu par décoloration et purification du mélange. Inventé par Angelo Barovier vers le milieu du XVème siècle, il est considéré dès le Moyen Âge comme le plus précieux des verres muranais, et se différencie par sa composition du cristal de Bohême (à la potasse) et du cristal anglais (au plomb).
Crocco :
Terme dialectal désignant l’oxyde de fer utilisé pour colorer le verre en brun/marron.
Crogiolo (creuset) :
Contenant, de dimensions variées, dans lequel est placé le mélange des diverses matières premières, pour être porté à fusion dans le four. Le creuset était autrefois préparé en pétrissant de la silice et de l’argile réfractaire, ce qui exigeait de longs mois de séchage après son façonnage.
Croisìol :
Petit creuset contenant environ 8-10kg de verre fondu.
Cròzzola :
Sorte de pelle à long manche, utilisée pour écumer la surface du verre en fusion dans les creusets et ôter les impuretés remontées à la surface.
D
Diatreta :
Nom donné par l’archéologue Winckelmann à certaines coupes des Ier-IVème siècles (parfois en forme de seaux), produites grâce à un travail acrobatique de taille. Le procédé commençait par la réalisation d’un vase ou d’une coupe de grande épaisseur, dont on ôtait ensuite par taille certaines parties superflues, créant un réseau relié aux parois seulement par de fins petits ponts. Exemples classiques si vous souhaitez regardez à quoi ça ressemble : la Coupe Trivulzio et la Coupe Constable Maxwell.
Diavolo :
Chariot à deux roues, muni à l’arrière d’un long manche et à l’avant d’une forme de fourche horizontale, sur lequel on positionnait un creuset incandescent destiné à en remplacer un usé ou cassé. Le diavolo était ensuite poussé sur le banc, dont la bouche était entièrement abattue et l’àsio retiré, ce qui permettait d’introduire le nouveau creuset avec le feu allumé.
Doublè :
Terme français désignant un objet formé de deux couches de verre, normalement de couleurs différentes, permettant la taille à froid.
E
F
Façon de Venise :
Désigne les objets en verre sodique soufflés dans le style vénitien, réalisés aux XVIème et XVIIème siècles par des verriers muranais émigrés dans les Flandres et en Espagne.
Fango di barena :
Argile des fonds de la lagune, utilisée comme matériau anti-adhérent pour le verre chaud.
Farassa :
Plateau de fer de forme carrée sur lequel on dépose les verres dans le four de recuit.
Fenìcio (aussi vetro a piume) :
Type de décoration obtenue à chaud, en appliquant autour des parois des fils vitreux ensuite peignés à l’aide d’un instrument spécial (le “pettine”), de façon à obtenir des festons répétés. Réchauffés et soufflés à nouveau, ces fils peuvent être englobés dans la paroi du vase, qui devient ainsi lisse. Technique introduite dans les verreries muranaises à la fin du XVIème, le terme “fenicio” fut adopté dans la seconde moitié du XIXème siècle, en raison de décorations semblables dans les verres préromains phéniciens et égyptiens.
Ferro da batter :
Simple barre de fer d’~30cm de longueur qui, empoignée par une extrémité, sert à ôter le *morso de verre des cannes ou des pontelli.
Figa (aussi ciapàr el figà) :
Terme muranais désignant un défaut du verre coloré en rouge (obtenu avec des minéraux de cadmium et de sélénium). Ce défaut est visible lorsque la couleur, au lieu d’être transparente et brillante, est opaque et de la couleur du foie (en Vénitien “figà”). Littéralement, “ciapàr el figà“ signifie que le verre a pris la couleur du foie.
Filigrana (filigrane) :
Technique décorative raffinée, inventée à Murano dans la première moitié du XVIème siècle et qui consiste à incruster des fils de verre opaques ou colorés dans une masse de verre transparent. Résultat ? Des motifs torsadés ou en filet somptueux. Pour le détail complet de la fabrication, consultez notre article dédié. On distingue différentes sous-techniques de “filigrana” :
– La filigrana “a reticello”.
– La filigrana “a retortoli” (aussi appelée *zanfirico, du nom de l’antiquaire vénitien Antonio Sanquirico, qui commanda dans la première moitié du XIXème siècle de nombreuses copies de verres anciens fabriqués selon cette technique).
– La “mezza filigrana”.
– Ou même “a redexello” ou “a retortoli”.
Filo :
Décoration classique en verre, appliquée à chaud, généralement sur le bord supérieur d’une coupe, d’un vase ou d’un verre (ce qu’on appelle le buvant). Ce fil peut être de diverses épaisseurs et couleurs et a une fonction purement décorative. S’il est ondulé, on l’appelle *morise.
Finale :
Dans les lustres vénitiens classiques, c’est l’avant-dernière décoration inférieure. De formes variées, il est normalement muni d’une rondelle métallique filetée permettant de le visser à la monture métallique du lustre. On y attache aussi souvent, par un fil d’argent, le *fiocco.
Fio Grezo [terme propre aux miroirs vénitiens] :
Désigne le bord non poli d’une plaque de verre d’un miroir. Laisser les bords bruts peut être un choix stylistique délibéré, donnant à la pièce une apparence organique et rugueuse.
Fio Lucido [terme propre aux miroirs vénitiens] :
Désigne cette fois-ci le bord poli d’une plaque de verre d’un miroir. Technique de finition qui lisse et affine les bords après la coupe, créant un effet brillant, agréable à l’œil et sûr au toucher. Même si laisser les bords bruts peut être un choix délibéré, les polire est le plus choix le plus courant, puisque ça améliore la qualité tactile et les propriétés optiques, permettant à la lumière de se refléter de façon uniforme.
Fiocco :
Dernière partie décorative d’un lustre vénitien classique, liée au *finale par un fil d’argent. Parfois en forme de pompon, il peut aussi avoir la forme d’une olive, d’une petite boule, etc.
Fiòle :
Les “fiòle”, ou “fioles”, étaient à Venise le nom des bouteilles soufflées en verre commun.
Fiolèr (fiolario) :
Terme archaïque du VIIIème siècle désignant le verrier souffleur de fioles.
Fiori [terme propre aux miroirs vénitiens] :
Désigne les éléments floraux en verre clair ou coloré, utilisés pour orner les miroirs vénitiens. Ça peut être des :
– “Doppi” : une rose classique accompagnée d’un bouton placé au-dessus, créant un effet dimensionnel imitant la croissance naturelle des roses.
– “Torseo” : réalisés en pâte blanche à rayures colorées, toujours présentés par paires, symbolisant l’harmonie.
– “Taientai” : une rose dont chaque bord de pétale est finement taillé, également accompagnée d’un bouton.
Flint glass :
Terme resté pour désigner le cristal anglais breveté en 1674 par George Ravenscroft et obtenu, après une longue expérimentation, par l’ajout d’oxyde de plomb.
Fogie [terme propre aux miroirs vénitiens] :
Désigne cette fois-ci les éléments en forme de feuille en verre, utilisés pour orner les miroirs vénitiens. Chacun se distinguant par la forme de sa pointe et ses marques :
– “A punta” : pointe acérée, look délicat et raffiné.
– “Tonde” : pointe arrondie, effet plus doux et naturel.
– “Taientae” : pointe taillée en pointe, aspect plus stylisé et dramatique.
– “Isse” : lisses et sans marque, lignes nettes et élégantes.
– “Squarae” : une seule marque au centre, créant un point focal.
– “A spin de pesse” : en arête de poisson, complexes et détaillées.
Foglia d’oro / Foglia d’argento :
Littéralement “feuille d’or / feuille d’argent”, ce terme désigne communément la technique consistant à rouler la “bolo” incandescente sur une feuille d’or 24 carats (ou d’argent) posée à plat, avant de recouvrir le tout d’une seconde couche de verre transparent. Au façonnage, la feuille se craquelle et se disperse en micro-paillettes splendides. Un effet de “poussière dorée” parmi les plus prestigieux du verre de Murano. Les plus anciens verres muranais à feuille d’or remontent à la seconde moitié du XVème siècle.
Fondino :
Coupe en verre, souvent décorée de *fils, *morise et fleurs de verre, qui enferme la partie métallique percée sur laquelle s’insèrent les bras, feuilles, fleurs et décorations du lustre vénitien. Sous le fondino on trouve dans l’ordre : le *passasòrze, le *finale et le *fiocco.
Fondita :
Littéralement “fusion”, c’est l’étape de transformation des matières premières de l’état solide cristallin à l’état fondu, amorphe et vitreux. L’opération se compose de l’enfournement du mélange, de la fusion et de l’affinage, jusqu’à obtenir un verre dépourvu de bulles et homogène. Autrefois, la température atteignable dans le four allait de 1000 à 1200°C, d’où des temps de fusion très longs, jusqu’à 4-5 jours. Aujourd’hui, on est plutôt aux alentours d’une nuit de fusion.
Forcella :
Outil fondamental du “forcellante” (le spécialiste chargé de la recuisson des objets), c’est une tige de fer longue d’~3m, fourchue à une extrémité. Avec elle, le forcellante prend les verres encore chauds et les déplace dans la chambre de refroidissement dite *tempera.
Forfe :
Type de ciseaux employé par le maître verrier ou *l’impiraressa.
Forma :
Terme remontant au début du XVème siècle, désignant un moule ouvrable et encore utilisé aujourd’hui (voir aussi *stampo).
Fritta :
Nom donné auparavant à la masse vitreuse après la première fusion, qui se faisait séparément de l’affinage (aujourd’hui les deux phases se font en un seul processus). Une première calcination du mélange silice-fondant, placé quelques heures dans la *calchera (four à réverbère à basse température, 700-750°C). Le terme “fritta” apparaît pour la première fois dans un document muranais de 1347. Encore avant, ce produit intermédiaire était appelé “maxia vitrei”.
Fumato (fumé) :
Effet de léger voilage obtenu à l’intérieur de la paroi dans les verres dits *sommersi. On l’obtient en exposant l’objet en cours de travail à la fumée de bois, puis en le recouvrant d’une couche vitreuse supplémentaire. Une procédure semblable servait à obtenir *l’iride.
G
Gambo :
Tige qui soutient le buvant du verre et qui se trouve entre celui-ci et le pied.
Garzonetto :
Dans la hiérarchie du verre de Murano, c’est le plus jeune apprenti à qui on confie les tâches les plus simples.
Gastaldo :
Entre le XIIIème au XVIIIème siècle, c’était le chef de la corporation des verriers, représentant des patrons de fournaise, élu annuellement par ces derniers.
Ghiaccio (ou Vetro a Ghiaccio) :
Terme désignant à la fois la technique consistant à plonger brièvement du verre incandescent dans l’eau froide. Le choc thermique crée des fissures superficielles, qu’on fige ensuite en réchauffant délicatement la pièce. Résultat ? Une craquelure apparente sur toute la paroi externe, comme si la pièce allait exploser à tout moment.
Giòsse ou goccia batavica :
Ancienne expérience pour “épater les bourgeois“, encore montrée aujourd’hui aux visiteurs, qui consiste à laisser tomber une goutte de verre fondu dans un seau d’eau. Le refroidissement très rapide agrège les molécules du verre et si l’on brise la petite queue de cette goutte, ça engendre un effet “pulvérisation” de la goutte.
Gobeletto :
Terme italianisé (de notre français “gobelet” et de l’anglais “goblet”) désignant le verre à boire en général.
Granzioli, granzioloni :
Fragments de verre, de la taille du gros sel de cuisine ou même d’un fin gravier, servant à des effets de coloration spéciaux. Les plus petits granziòli sont appelés *macie. Les granziolòni sont, quant à eux, de plus grandes dimensions.
Grèpola :
Terme dialectal désignant le tartre des tonneaux calciné et lessivé, autrefois ajouté au mélange des composants du verre, afin de le rendre plus brillant et transparent.
H
I
Impiraressa (impiràr) :
Désigne la femme qui, à temps perdu, enfilait les perles sur de longues aiguilles en éventail terminées par de fins fils. Les colliers étaient ensuite rendus au fabricant pour la vente.
Incalmo :
Technique muranaise difficile et typique, consistant à souder à chaud deux pièces soufflées séparément, généralement de couleurs différentes, le long de leurs deux bords de même circonférence. Résultat ? Des zones de couleur nettement distinctes sur un même objet.
Incamiciato :
Verre recouvert d’une fine couche vitreuse de couleur différente. Très utilisé au XXème siècle, c’est une variante du “verre doublè” (*Vetro incamiciato / *Sommerso).
Incisione (gravure) :
La gravure à la pointe de diamant fut introduite à Murano pour la première fois par Vincenzo d’Angelo sur des miroirs en 1534 ou 1535. Il obtient ensuite en 1549, un privilège pour la gravure à la pointe de diamant sur les miroirs. Avec la verrerie “à la façon de Venise”, elle se diffuse ensuite dans toute l’Europe, notamment au Tyrol et aux Pays-Bas. Il y a également “l’Incisione all’acido”, la gravure à l’acide obtenue par l’usage d’acide fluorhydrique. Ou encore “L’Incisione alla ruota” (gravure à la roue).
Incossà :
Terme désignant un verre qui n’est pas complètement limpide.
Infornare (infornamento, caricamento) :
Action d’introduire le mélange vitrifiable dans les creusets.
Inghier :
Fer à crochet servant à mettre et ôter la “portina” devant la bouche du four (d’après un document de 1770).
Inghistèra (aussi guastàda, anguistàra, anghistera) :
Sorte de carafe à long col et sans anse, propre à contenir des liquides, avec un pied conique qui entrait souvent dans le fond de la carafe. Avec les *moioli ou *muioli, elle constituait un produit de série, de faible valeur esthétique, travaillé à Murano par des verriers de seconde catégorie, appelés *buffadori. Le terme remonte à 1120 du croisement de “angusto” (étroit) et d’un mot d’origine grecque, “gastra”.
Inveriàr :
Phénomène d’émaillage des creusets exposés aux vapeurs de verre lorsqu’ils sont dans le four allumé.
Ìride (irisé) :
Effet de coloration arc-en-ciel, obtenu en fumigant l’objet encore chaud avec des sels de chlorure stanneux.
J
K
L
Lattimo :
Verre blanc d’aspect laiteux, imitant la porcelaine. Le lattimo fut inventé à Murano vers le milieu du XVème siècle, pour concurrencer les premières porcelaines chinoises arrivées en Europe, d’où les verriers ne connaissaient pas le secret de fabrication. Appelé aussi par Angelo Barovier le “vetro porcellano”, son nom vient de l’italien “latte” (lait), auquel sa couleur fait référence.
Lavorazione ”a lume” (travail au chalumeau) :
Technique réservée aux petites pièces et aux bijoux de perles (appelés aussi perle a lume = perles à la flamme), cette technique se façonne à la flamme d’un chalumeau et non au four. À partir de baguettes de verre, le verrier ramollit avec le chalumeau avant de modeler la pièce avec des pinces. Un travail à main levée, sur des épaisseurs de quelques dixièmes de millimètre. Il existe aussi les *suppialume désignant des perles aux effets colorés et décoratifs de grande valeur, également obtenue par travail au chalumeau. Le terme “a lume” dérive de l’usage ancien d’une flamme de lampe à huile.
Levàda (levàr) :
Terme traditionnel muranais désignant le prélèvement du verre fondu du creuset à l’aide de la canne, déjà munie de la *pèa, obtenir une couche de verre. L’opération peut être répétée plusieurs fois après avoir temporisé.
M
Macie (maciètte, màcie fine) :
Fragments de verre, en général colorés, qui, enroulés autour d’un verre blanc, lui confèrent la couleur des fragments (d’où le terme “macia” signifiant tache). “Maciette” et “macie fini” signifiant des taches encore plus fines.
Maestro :
Terme récent désignant l’ouvrier le plus habile de l’équipe, responsable du bon fonctionnement de la *piazza. Autrefois, on l’appelait *scagner.
Magiòsso :
Outil en bois, de forme demi-sphérique, servant à arrondir la *pea et à lui donner une forme précise. C’est un dérivé du français “mailloche”.
Maistro da canna :
Nom donné au chef de l’équipe chargée de l’étirage à chaud de la canne de verre, première phase de l’obtention des perles. On l’appelait aussi “tiracanna”.
Manaretta / Maneretta :
Outil semblable à un peigne, servant à obtenir des décorations superficielles comme celle du verre “à plumes” ou *fenicio.
Margarìte :
Terme vénitien désignant la perle de verre obtenue à partir de la canne percée. Du latin ”margaritae”.
Margaritéri :
Nom donné aux XVIème-XVIIème siècles aux fabricants de perles de verre. On les appelait aussi *suppialume s’ils travaillaient les perles plus grosses.
Mariegola (aussi “matricola” ou “capitolare“) :
Sorte de journal de bord pour les verriers de Murano, sur lequel on inscrivait au fur et à mesure les nouveaux maîtres, les patrons de fournaise, les règles d’embauche et de licenciement, ainsi que tous les faits relatifs à la vie de la corporation des verriers, de même que le statut du métier.
Marmorizzàr (marmorizar) :
Opération consistant à faire rouler la canne sur le *bronzino pour égaliser les épaisseurs du verre.
Marsòr / Marsorétto :
Terme de la Renaissance désignant des coupes à pied.
Mezza stampaùra :
Technique consistant à appliquer, sur le fond d’une pièce soufflée encore attachée à la canne, une couche vitreuse supplémentaire en calotte, puis à l’imprimer dans un moule ouvert afin d’obtenir des côtes d’épaisseur appréciable. Cette technique décorative fut employée dans les verreries muranaises au moins dès le XVème siècle et, auparavant, à l’époque romaine.
Millefiòri :
Cannes vitreuses pleines et percées, à couches de couleurs différentes, dont on peut tirer des cylindres présentant des motifs en étoiles ou en fleur. Fabriquées à Murano dès la fin du XVème siècle, elles servent à réaliser bijoux, perles, presse-papiers, etc. Le nom “millefiori” (mille-fleurs) vient du fait que la surface de la pièce décorée rappelle un champ de fleurs. Type de décoration en vogue entre la fin du XIXème siècle et la période Liberty.
Moiòli ou muiòli :
Terme vénitien, aujourd’hui disparu, désignant des verres simples et communs exécutés le plus souvent par les *buffadòri.
Moladura :
Phase de finition d’un objet de verre, comprenant le meulage, le polissage puis le lustrage de la pièce, en la passant à diverses roues ou meules.
Morìse / Morisétte :
Décoration muranaise typique de forme ondulée, exécutée à partir d’un fil de verre chaud appliqué sur l’objet en cours de travail et travaillé avec les *borselle da pissegàr.
Mòrso :
La portion de verre qui reste attachée aux cannes ou aux pontelli.
Mosaico (mosaïque) :
Décoration connue depuis l’Antiquité, obtenue en accolant de petits morceaux (dits “tesselles”) de pâte vitreuse ou de verre sur une base d’enduit.
Mosaico d’oro (mosaïque d’or) :
Lamelle de verre sur laquelle on applique une très fine feuille d’or, avant de couler par-dessus une couche de verre fondu. Le verre est ensuite écrasé avec une plaque de fer quadrillée, d’où l’on obtient les tesselles de mosaïque.
Muffola :
Four à moufle pour la recuisson des verres. Ne contenant que des étagères, il travaille en discontinu, c’est-à-dire que le cycle de recuisson ne commence que lorsque la chambre de la moufle est remplie d’objets à cuire.Contrairement au four à tunnel qui lui travaille en continu.
Murrina / Vetro murrino (mosaico a caldo) :
Mosaïque à chaud obtenue en fondant des morceaux de verre de façon à ce que les diverses tesselles se soudent entre elles. Technique reconstituée à Murano vers 1870 à la verrerie Salviati par Vincenzo Moretti. Une variante typique est le *millefiori, aussi dit *rosette. Il existe aussi des variantes appelées “Murrina in piano” ou encore “Murrine in canna”.
N
Ninfa / Ninfetta :
Creuset de taille réduite, propre à contenir 30/35kg de verre fondu. La “ninfetta” est un creuset encore plus petit, pouvant contenir ~12kg de verre.
O
Òcio :
Œil.
Oldàno :
Terme archaïque désignant des verres non soufflés.
Opala, opale, opalin, opalina :
Apparu au XVIIème siècle, c’est un verre d’aspect semblable au minéral d’opale, aussi appelé “acqua e anice”, girasol, ou *vetro girasole.
Oro graffito (or gravé) :
Mince feuille d’or appliquée avec une colle sur les parois d’objets vitreux déjà refroidis, puis gravée afin d’obtenir un motif décoratif. Cette technique fut introduite à Murano dans la seconde moitié du XVème siècle et reprise dans la seconde moitié du XIXème. On retrouve aussi une variante plus complexe, déjà utilisée dans les verres paléochrétiens des IIIème-IVème siècles, où la feuille gravée est emprisonnée entre deux couches de verre.
Osélla :
Médaille commémorative, portant les armoiries de Murano, du Podestat et des quatre députés, frappée annuellement en quelques exemplaires d’or et d’argent. Offertd au Doge et à d’autres personnalités éminentes, son nom vient du mot “oselle” signifiant oiseaux, pour rappeler l’époque où l’on offrait des volatiles en reconnaissance du vasselage de Murano envers Venise.
P
Paciòfi :
Outils du verrier semblables aux *borselle, mais terminés par deux bâtons de bois. On les emploie pour ouvrir un vase ou chaque fois qu’il faut éviter que le verre soit strié par des outils métalliques. Les “paciofèti”, plus petits, servent eux à ouvrir des objets délicats (verres, petits vases, etc.).
Padèlla / Paèlla :
Creusets d’une capacité de +40kg.
Palato (Paelàti / Padellati) :
Le plus grand des creusets utilisés à Murano, d’1m de diamètre et contenant ~150kg de verre en fusion.
Paletta :
Spatule en bois utilisée par le verrier durant le travail pour modeler l’objet.
Paletta de metallo :
Ustensile à long manche servant à transporter un objet de petite taille devant ensuite être complété.
Pallìna :
Dit aussi *colletto.
Pallòr :
Sorte de patine translucide qui apparaît parfois sur les pièces lorsque les proportions du mélange vitrifiable ne sont pas exactes. On utilise aussi l’expression “el vèro spua” = “le verre crache”.
Papaòr :
Petit cylindre de verre, souvent muni d’une bassine inférieure, capable de soutenir une bougie dans les bras des lustres ou des chandeliers.
Paraisòn (ou léva paraisòn) :
Terme emprunté au français, signifiant lever le verre pour le préparer au soufflage (paraisòn faisait référence à la paraison). “Lèva paraisòn” était également l’ordre que le maître donnait à ses subordonnés pour commencer le travail.
Parar via :
Refroidissement (ou réchauffement) rapide d’un objet de verre. On opère dans la *tempera en déplaçant rapidement la pièce déjà terminée pour faire un ajout de verre supplémentaire rapidement. La tâche est en règle générale confiée au *forcellante/forcella.
Partégola / Partegolla / Pertégola :
Outil à long manche servant autrefois à ôter du creuset les impuretés remontées à la surface durant la fusion. Action appelait “spiumare el vero”.
Partìa :
Terme muranais désignant la recette des compositions, avec les quantités des divers composants, le temps de fusion, etc. Le “libretto de le partìe” (livret des recettes) est souvent transmis de père en fils et jalousement conservé, afin d’empêcher les concurrents de copier procédés et couleurs.
Partìa negada (mélange « noyé ») :
Terme indiquant la présence de grumeaux de sable dans le verre fondu. Ils peuvent apparaître lors de l’enfournement du verre, par erreur de mélange ou quand la fusion est incomplète ou imparfaite.
Passasòrze :
Littéralement “passe-souris”, c’est un cylindre de verre, légèrement plus étroit au centre, en forme de bobine. Situé entre le *fondino et le *finale dans un lustre vénitien classique.
Pastelli / Levàr / Métter pastelli :
Dans l’entretien des fours traditionnels muranais, “levàr o métter pastelli” consistait à augmenter ou réduire la bouche du four par l’application de couches successives de matériau réfractaire.
Pastèlo :
Matériau réfractaire avec lequel on réduisait les dimensions des bouches du four, ou l’on rebouchait des portions externes endommagées.
Paternostri / Paternostréri :
Terme désignant les grains de chapelet chez les Vénitiens, souvent fabriqués en verre, de manière semblable aux *conterie. Les artisans qui s’en occupaient étaient donc appelés “paternostréri”.
Pèa / Pela :
Premier embryon de tout objet en verre en formation. Issue de la première levée, elle devient, après *marmorizée soufflage initial, second levage, nouveau soufflage et “magiossada”, un *bolo vitreux déjà peaufiné, prêt à être remis au maître pour la finition. Terme signifiant étymologiquement, “poire”, en référence à sa forme.
Perla / Perle :
Terme à double sens, désignant à la fois :
– Un petit cylindre de verre percé qui, coupé en petites sections, est le début de la préparation des perles de verre.
– Le tronçon de canne pleine qui, avec d’autres morceaux, forme le tissu d’un *verre murrino/mosaico.
Pettacélla :
Terme de jargon désignant une fleur exécutée selon la technique *alla prima.
Pettine :
Voir *Manaretta.
Piazza :
Terme désignant l’équipe d’une fournaise. Elle est dirigée par le *Maestro, qui détient la responsabilité et l’autorité.
Pìe / Piede :
Portion inférieure d’un verre en forme de trompette.
Piéra (pietra) de poso :
Bloc rectangulaire, en matériau réfractaire ou en pierre tendre (piera de poso), sur lequel on dispose à froid les perles de verre, ensuite exposées à la chaleur de la fournaise. Les perles se soudent alors entre elles et permettent un travail ultérieur (voir aussi *poso).
Pinse :
Outils utilisés pour modeler le verre dans le travail à main libre.
Piria :
Dans la fabrication des *conterie, c’est un récipient en fer en forme d’entonnoir où l’on mélange sable de mer, perles brutes et “siribiti”.
Pittura a freddo :
Peinture à froid suivant les mêmes procédés que la peinture à l’émail, mais sans traitement thermique. En usage depuis le XVIème siècle.
Pittura a smalti / a smalto :
Peinture à l’émail justement, réalisée au pinceau sur les parois de vases vitreux déjà achevés en fournaise. Pratique attestée à Murano entre la fin du XIIIème et la première moitié du XVème siècle, encore pratiquée aujourd’hui.
Piumàti :
Verres à décoration particulière, aussi appelés “a pettine”, “a penne”, “graffito” ou “fenicio”. Cette décoration fut d’abord utilisée par les Romains, puis par les Vénitiens à partir du XVIème siècle.
Pònte (punte) :
Petits morceaux de matériau réfractaire tombés accidentellement dans le creuset, puis présents dans la *péa. Ils sont ôtés au début du travail à chaud par le verrier, à l’aide de pinces.
Pontéllo (pontil) :
Cannes de fer massif, longues d’~140cm et d’un diamètre de 10 à 30mm, avec lesquelles on attache le bas d’un objet en cours de travail du côté opposé à la canne, avant de l’en détacher. Afin de passer au travail du haut de l’objet. Terme muranais rapidement repris en France (pontil) et en Angleterre (punty). Le pontello plus fin est appelé *speo.
Portìna :
Plaque de matériau réfractaire, de même forme et dimension que la bouche du four, servant à l’obstruer durant la fusion. Simplement posée, elle empêche la chaleur du four de se disperser.
Posa :
Signifiant littéralement “pause” dans le jargon verrier muranais.
Pòte :
Sorte de verre à boire utilisé au XVème siècle (du latin “potere” = boire).
Pulegòso :
Verre opaque, caractérisé par l’inclusion d’une multitude de bulles de gaz à la surface de la pièce, donnant un aspect grêlé. Invention des années 1920, attribuée à Napoleone Martinuzzi pour la verrerie Venini.
Puntellar :
Opération consistant à attacher à chaud une pièce avec le *pontello, une fois celle-ci ouverte et terminée à l’arrière. C’est d’ordinaire une opération que l’on accomplit à mi-travail.
Q
Quanquantrìcola :
Aujourd’hui pratiquement disparu, c’était autrefois une sorte de jouet pour les enfants des verriers, aussi utilisé lors des fêtes et carnaval. Entonnoir fermé sur le devant par une fine membrane de verre, si élastique qu’en soufflant et aspirant, la membrane bougeait légèrement en émettant un son grinçant caractéristique.
R
Rasura / Rasòra / Rosura :
Vieux terme désignant un outil en fer pour la conduite de la fournaise.
Reauro / Reavolo / Reaulo :
Vieille terminologie désignant des fers de four, c’est-à-dire des outils pour s’occuper de la fournaise.
Rebolàr :
Opération consistant à écumer de la surface du verre en fusion, les impuretés ou autres résidus.
Recèla :
Boucle en verre, réalisée à chaud, à laquelle on suspend les fiocchi, pendeloques ou autres éléments décoratifs en verre.
Redexèllo :
Verres soufflés fins travaillaient au milieu du XVIème siècle, rappelant le filet (la “rete”) des pêcheurs. Exécution semblable à la *filigrana, avec des cannes rondes à fil interne blanc opaque, tournées en sens opposé puis croisées durant le travail à chaud.
Refogolàr :
Terme technique muranais désignant l’exposition au feu d’un objet déjà formé. Le procédé est notamment utilisé lorsqu’un objet est décoré à froid avec des émaux, afin qu’ils adhèrent durablement aux surfaces vitreuses de base.
Retórtoli :
Terme ancien désignant les cannes de *zanfirico ou de *filigrana.
Rezzonico (ou “Ca’ Rezzonico”) :
Autre nom donné au lustre vénitien classique, mais souvent orné de façon plus extravagante que le *ciocca. Il tire son nom du palais “Ca’ Rezzonico”.
Rigadin (rigadin ritorto) :
Fines côtes obtenues en soufflant la *pallina dans un moule ouvert, en général de bronze, portant des cannelures à section triangulaire. La pèa devient côtelée. Si le verre est en outre tordu durant l’estampage, on obtient le “rigadin ritorto”. On peut aussi, après réchauffage à la bouche du four, remettre la pallina déjà moulée dans le même moule en la tordant en sens inverse, obtenant ainsi des stries en diagonales croisées.
Rissi [terme propre aux miroirs vénitiens] :
Éléments essentiels dans la confection des miroirs vénitiens, servant à former le cadre extérieur qui définit et rehausse le pourtour du miroir. On distingue les éléments :
– Rissi : traditionnellement marqués au centre, créant un point focal qui ajoute complexité et profondeur au cadre.
– Issi : lisses, sans marque au centre, pour un aspect plus net et épuré, adapté au décor moderne ou minimaliste.
– Sensa morise : conçus sans pincement externe, pour une finition lisse le long des bords du cadre, à l’allure contemporaine.
– Co oro : en verre orné d’une feuille d’or pur, offrant luxe et opulence.
Rocca / Rocchetta :
Outil auquel on recourai à la place du *pontello, pour soutenir un verre à travailler après l’avoir détaché de la canne. C’était une tige de fer, assez longue, façonnée à une extrémité de façon à pouvoir tenir le verre puis le libérer facilement une fois le modelage terminé.
Rodea [terme propre aux miroirs vénitiens] :
Roues de gravure utilisées pour graver minutieusement des motifs sur les surfaces de verre du miroir. Ces roues sont faites de divers matériaux (diamant, pierre, acier trempé), chacun adapté à des besoins de gravure et à des verres différents. Le choix de la roue détermine la précision et la profondeur des gravures, permettant de réaliser aussi bien des motifs délicats que des motifs audacieux et complexes.
Ròscano (cáli maggiore) :
Cendre végétale obtenue à partir de plantes aquatiques riches en sel, qui remplaçait autrefois le carbonate de sodium ou de potassium utilisé aujourd’hui. Le ròscano était aussi appelé “cali maggiore” ou “salsoda soda”.
Rosete [terme propre aux miroirs vénitiens] :
Rosettes de verre travaillées, de diverses tailles, ornant les miroirs :
– Isse : lisses et sans marque, look élégant et minimaliste.
– Geosia fina : légèrement mouchetées, apparence texturée subtile ajoutant de la profondeur.
– Geosia grossa : fortement mouchetées, audacieuses et nettement marquées.
– In pasta : faites de pâte colorée et opaque plutôt que de verre clair, apportant une touche de couleur intense.
Rosette :
Désigne les *millefiori. Les termes “Rosette” et “Rosechiero” figurent dans un inventaire de la fournaise de Marietta Barovier, fille d’Angelo (fin du XVème siècle).
Rosso Rubino (rouge rubis) :
Rouge-rosé, particulièrement aimé des verriers muranais, réalisé en utilisant une solution d’or comme colorant. Autrefois appelé “rosenghiero”.
Rugiada / Rugiadoso :
Effet décoratif spécial réalisé en 1938 par Ercole Barovier et breveté par la verrerie Barovier & Toso. Il consiste à fixer à chaud, durant le travail, des fragments de verre qui confèrent à l’objet un effet de brillance. Appliquée aux appareils d’éclairage, la rugiada permet une sorte de réfraction de la lumière artificielle, aux excellents effets décoratifs.
Rulli :
En Vénitien “rùi », ce sont des disques plats utilisés notamment pour les fenêtres à la fin du Moyen Âge et à la Renaissance. Au XIXème siècle, on les fabriquait à Murano en filigrana polychrome à but décoratif. On les appelle aussi “ruodi”, “ruoi” et “vessighette”.
S
Sapone dei vetrai :
Littéralement “le savon des verriers”, c’est le nom populaire du bioxyde de manganèse, en raison de ses propriétés décolorantes.
Sbrindolàr :
Opération consistant à faire tourner plus ou moins vite la canne avec sa péa. Sous l’effet de la rotation et de la force centrifuge, la péa, encore molle, s’allonge dans la mesure voulue par le verrier.
Sbruffo :
Soufflé de verre très mince, en général coloré, utilisé ensuite en fines lamelles ou écailles pour la décoration à chaud d’objets divers.
Scagnèr :
Autrefois, nom du verrier qui produisait du verre d’art, par opposition au “maistro da canna” qui supervisait la production des perles.
Scagno :
Banc du maître verrier, muni de deux accoudoirs en bois revêtu d’une plaque de fer appelés “bardelle”, sur lesquels il fait rouler la canne pendant qu’il façonne l’objet.
Schietto :
Désigne un objet de verre transparent ou coloré, mais ni décoré, ni gravé.
Scorsaòr :
Longue tige de fer massif, légèrement recourbée à l’extrémité, servant à nettoyer l’intérieur des creusets.
Seraùro / Serauro / Shiuso :
Autrefois, nom du local où avaient lieu la fusion du verre ou les secondes transformations.
Sérva :
Trépied en fer soutenant le plat métallique sur lequel s’appuient les parties arrière des *canna, *spèi et *pontelli, tandis que les parties avant sont à proximité de la bouche du four.
Servente :
Dans la hiérarchie de la piazza, c’est le second du Maestro et son collaborateur direct. Il peut aussi parfois le remplacer.
Serventìn :
Dans la hiérarchie du verre artistique muranais, c’est le troisième membre de la piazza, après le Maestro et le servente.
Sessola :
Récipient en bois, à fond concave, utilisé par les *impiraresse pour tenir les perles à enfiler sur les aiguilles.
Sfrena / Sfrenaùra :
Désigne un défaut (par exemple un plissement) du verre chaud lorsqu’il entre en contact avec une surface froide.
Sìambola (anciennement zémbola) :
Finition semblable à la “sièla” mais de plus grande dimension. Elle peut être tirée directement d’une partie de verre en cours de travail, ou ajoutée à l’objet.
Sièla / Sieléta :
Sorte de fine et petite portion ronde de verre, utilisée comme séparation entre un morceau de verre et un autre, semblable à *l’avolio.
Siliéra de lume :
Terme des XVème-XVIème siècles désignant une caisse ouverte, munie d’anses latérales, et remplie de fondant sodique. On dit aussi “siviéra” ou “soliéra”.
Sisso :
Désigne une grosse goutte massive de verre, laisser refroidir pour examiner la qualité de la fusion.
Smalto (émail) :
Verre à bas point de fusion (700/900°C) destiné à la décoration de l’or, de l’argent et du cuivre en orfèvrerie, ainsi que des verres soufflés ou des céramiques. Il était coulé en plaques portant le sceau de la fabrique et vendu aux orfèvres. Son opacité était donnée par le bioxyde d’étain. Dès 1317, les archives vénitiennes mentionnentl’opus smaldorum”.
Smarià :
Un verre est dit “smarià”, c’est-à-dire imparfait, pour avoir été en contact avec de l’eau froide. Notion voisine de *sfrenà.
Soffiatura a bocca (soufflage à la bouche) :
Constitue la technique verrière classique lorsque l’on veut obtenir un objet creux. C’est l’une des inventions les plus révolutionnaires de la technique verrière, découverte entre le Ier siècle av. J.-C. et le Ier siècle apr. J.-C., probablement en Syrie. Il connut ensuite une très large application dans les verreries romaines, islamiques et vénitiennes. Aujourd’hui, le soufflage se fait non seulement manuellement (pour le verre d’art), mais aussi avec des machines automatiques.
Soffiatura a stampo (soufflage au moule) :
Technique manuelle encore en usage à Murano, remontant à l’époque romaine, qui consiste à souffler une *péa dans un moule pouvant être constitué de deux ou trois parties articulées, ou d’une seule pièce tronconique. Le premier type de moule confère à l’objet sa forme définitive, le second imprime un motif décoratif sur la partie soufflée, qui sera ensuite modelée.
Spèi :
En italien “spiedi”(broches), ce sont de fines cannes massives d’~150cm de long et d’un diamètre de 8 à 12mm. Avec les *pontelli de plus gros calibre et les cannes, elles sont l’un des outils fondamentaux du verrier muranais.
Speo :
Petite canne de fer plein destinée à prélever du creuset de petites quantités de verre pour la décoration.
Spignaùro / Spianaùro / Spegnaùro :
Terme muranais désignant l’introduction directe d’un colorant dans la masse vitreuse en fusion. Au début du XIVème siècle, il désignait aussi un fer pour la *calchéra.
Spinador de fornaza (ou spinanaur dai messadar veri) :
Fer servant à mélanger le verre dans le creuset, utilisé pour y mettre certains colorants et remuer. L’opération s’appelle aujourd’hui “dar a spignauro”.
Spiumar :
Littéralement “ôter l’écume”, c’est l’action d’enlever la partie superficielle du verre en fusion. Opération semblable à celle des ménagères ôtant les impuretés qui remontent à la surface d’un bouillon de viande.
Spunciòn :
Simple barre ronde de fer d’~30cm et de 2cm de diamètre, utile pour le modelage initial d’un verre.
Stampéto a fragola :
Semblable à celui “a gemma” pour servir de décoration.
Stampéto a gemma :
Petit moule en demi-sphère concave utilisé comme un sceau sur le verre fondu pour obtenir de petites demi-sphères décoratives.
Stampo :
Ustensile concave en fer ou en bronze dans lequel on souffle la *péa qui, en se dilatant, est modelée. Il existe divers types de moules : à côtes ou rainures verticales, “a ballottòn”, “a serci” ou à cercles horizontaux. On parle de moule ”a fermo” lorsque, en raison des côtes internes, il n’est pas possible de tourner la péa dans le moule.
Stazioniéri :
Catégorie commerciale qui s’occupait à Murano, entre le XVIème et le XVIIIème siècle, de la vente des produits verriers.
Stizadòr / Stizador :
Appelé aussi “furlàn” , c’est l’ouvrier chargé de la conduite du four et parfois affecté à la *tempera. S’il opérait de nuit, on l’appelait ”furlàn de note”. En effet, les foresti (les non-Muranais), ne pouvant exercer par la loi l’art du verre, se contentaient de tâches humbles. Et parmi eux se distinguaient, par leur labeur, les Frioulans, d’où la dénomination.
Stùa / Stuàr :
En italien “stufa”, ça désigne le local particulier où, jusqu’à la fin des années 1940, on entassait le bois d’hêtre déjà coupé en morceaux de 120cm. Le bois empilé était ensuite séché dans ce local, prêt à être introduit dans la *castra. “Legna stuàda” signifiait que l’hêtre était convenablement séché et prêt à l’usage. Le bois était importé de Dalmatie, transporté par mer avec les typiques “trabaccoli” à voile. Son usage a été remplacé par le gaz méthane à partir de l’après-guerre.
Supiéto / Supieto :
Instrument de fer en forme de cône à l’intérieur duquel est soudé un petit tuyau, également en fer. Sert à un soufflage de fortune quand l’objet n’est plus attaché à la canne.
Suppialùme :
Désigne une catégorie de verriers qui, au moyen d’une lampe à huile sur laquelle ils soufflaient de l’air, pouvaient façonner à chaud de grosses perles. L’art des suppialume existait dès le XVIème siècle, avec sa propre *Mariegola et ses règlements particuliers.
Suppiòn :
Désigne une sorte de boule creuse préparée durant la fusion pour en vérifier la qualité et contrôler la présence éventuelle de *corde, *vessighe, ou autres imperfections nécessitant une intervention.
Sventolar :
Opération semblable à *sbrindolár, consistant à faire tourner rapidement un vase de façon à ouvrir sa partie supérieure.
T
Tagiànti / Taianti :
Terme typiquement vénitien dérivé du verbe italien « tagliare » = couper, désignant les ciseaux pour couper le verre dans les phases initiales du travail. Une variante est le “tagiante tondo”, utilisé pour des coupes particulières. Les “tagianti” se distinguent en “tagianti dritte” (lames droites comme des ciseaux ordinaires) et “tagianti tonde” (lames en angle, à pointe tournée vers l’intérieur, servant à couper en rond).
Taglòl / Tagiol :
Outil du verrier en forme de couteau à pointe carrée, utilisé pour modeler le verre durant le travail, en faisant de petits creux ou stries.
Tamiso :
Tamis en bois à grille de fil de fer ou d’acier, aux mailles très serrées, utilisé pour tamiser le sable afin d’éliminer les grains les plus gros ou autres impuretés accidentelles.
Temporizzar :
Opération durant quelques dizaines de secondes, entre une *levada et la suivante, ou entre une *marmorizzada et l’autre, afin de laisser légèrement durcir la première couche de verre.
Tipétto :
Terme de jargon du XIXème siècle désignant à Murano une coupe ou un vase à pied dont la tige est composée d’un dauphin ou d’un cygne stylisé.
Tociàr / Tociàda :
Signifie tremper dans le jargon verrier muranais, c’est-à-dire faire en sorte qu’une *péa soit recouverte de *macie, de poudres vitreuses ou de feuilles d’or, de sorte que le verre acquiert des colorations ou des effets différents.
Traghettar :
Correspond, dans le lexique verrier, à l’opération consistant à plonger le verre fondu dans l’eau afin de le laver : comme l’indiquent d’anciens textes, “cela se fait pour en ôter une certaine salinité qui gêne beaucoup le cristal et le rend sombre”. Aujourd’hui, le terme désigne aussi le passage d’une masse fondue de verre d’un creuset à l’autre.
U
V
Verixélli :
Terme médiéval désignant des gemmes en verre imitant les vraies. Leurs fabricants se joignirent très tôt à la confrérie des *paternostreri.
Vessiga :
Grande *pèa de forme cylindrique formée dans la phase initiale de la production des plaques de miroirs vénitiens.
Vessìghe / Vesciche :
Terme désignant la présence de filaments ou d’imperfections comme des bulles à l’intérieur d’un objet fini.
Vetro a “canne” :
Variante toute muranaise des *murrines : au lieu de minuscules tesselles de verre, on utilise ici des cannes cylindriques, massives ou plates. Accolées entre elles selon diverses combinaisons de couleurs, puis fondues et soufflées pour obtenir un vase, une amphore ou une coupe, elles sont particulièrement précieuses, tant pour l’effet final que pour la difficulté d’exécution.
Vetro a ghiaccio :
Voir *Ghiacco.
Vetro a mosaico :
Réalisé avec des fragments de verre (tesselles et/ou sections de baguette) de différentes couleurs, accolés et fondus ensemble. En usage depuis le XIXème siècle.
Vetro battuto :
Type de verre dont la surface est légèrement abrasée à la meule, de façon à y produire des bosses rondes, petites et irrégulières, toutes orientées dans la même direction, donnant à la pièce l’apparence d’avoir été battue comme le fer.
Vetro calcedonio :
Voir *Calcedònio.
Vetro corroso :
Verre irrégulièrement opacifié en surface. Pour ça, la surface est recouverte d’une couche irrégulière de cire fondue par épongeage. Puis on plonge ensuite l’objet dans un bain d’acide fluorhydrique. La corrosion agit donc sur les zones non protégées par la cire et offre un effet ressemblant à une surface glacée. Méthode aujourd’hui abandonnée en raison du risque sanitaire lié à l’acide fluorhydrique.
Vetro craquelé :
Procédé semblable au verre *a ghiaccio très utilisé au XIXème siècle en France.
Vetro girasole (verre tournesol) :
Technique introduite à Murano à partir de 1693, consistant à opacifier du verre à l’arséniate de plomb, rappelant d’aspect la pierre du même nom, une variété translucide d’opale.
Vetro incamiciato (aussi « sommerso ») :
Technique décorative permettant d’obtenir, sur un même objet, plusieurs couches superposées, parfois de couleurs différentes, aux effets chromatiques splendides. Le vetro incamiciato a en général des couches plus minces que le *sommerso (qui a connut une grande gloire dans les années 1930). En France, cette technique est appelée *doublè.
Vetro martellato (verre martelé) :
Traitement de la surface du verre, déjà recuit et refroidi, au moyen de petits coups de meulage sur toute la surface. Technique utilisée en particulier par la verrerie Venini.
Vetro murrino :
Voir *Murrina.
Vetro Primavera (verre Printemps) :
Verre ornemental créé par Ercole Barovier pour Barovier & Toso, caractérisé par une surface translucide entièrement couverte de craquelures, tandis que les anses et les bords de la base et de l’embouchure sont en verre noir.
Vetro pulegoso :
Voir *Pulegòso.
Vetro satinato (verre satiné) :
Verre traité à l’acide fluorhydrique et au fluorure d’ammonium, qui confère à la surface un aspect satiné.
Vetro scavo :
Type de verre ornemental à finition opaque imitant le verre antique.
Vetro setificato :
Verre dont la surface reçoit, de façon uniforme, une légère couche d’acide fluorhydrique, conférant à l’objet un effet translucide.
Vetro sommerso :
Utilisé depuis le XXème siècle,c’est un type de verre obtenu en plongeant le verre en cours de travail dans des creusets de couleurs différentes. L’objet se compose ainsi de plusieurs couches transparentes diversement colorées, parfois de forte épaisseur.
Vetro veneziano (verre vénitien) :
Autre nom du verre de Murano, composé de bioxyde de silicium comme vitrifiant, de carbonate de sodium ou de potassium comme fondant. On emploie aussi la chaux comme stabilisant, ainsi que divers minéraux à des fins colorantes, décolorantes, opacifiantes ou affinantes. Le verre vénitien est un verre long, c’est-à-dire qu’il reste travaillable durant un intervalle de temps long avant d’être remis au feu de la fournaise pour un nouveau ramollissement. Cela permet des manipulations complexes, des ajouts de verre et des tailles à chaud, caractéristiques de la tradition verrière vénitienne. Contrairement au cristal de bohême par exemple, se concentrant sur les tailles à froid. Pour plus de détails, rendez-vous sur notre article sur la fabrication du verre de Murano, nous y détaillons sa composition.
Vólta :
Terme à double sens, désignant à la fois :
– L’exécution optimale pour la réalisation d’un objet de verre.
– La partie supérieure interne du four classique muranais.
W
X
Y
Z
Zanfirico :
Il s’agit d’une variante de la *filigrana a retortoli, nommé ainsi en référence à l’antiquaire vénitien Antonio Sanquirico, qui commanda au XIXème siècle des copies de verres anciens en filigrane à retortoli.
Zuccarini :
Terme muranais des XVIème et XVIIème siècles désignant des vases servant à verser des liquides lents.
Zuchoni :
Nom donné à certaines cannes de cristal dans d’anciennes sources.
Conclusion
Même s’il est difficile de retenir l’intégralité de termes du premier coup, retenez que ce vocabulaire, transmis de génération en génération, est le reflet d’un savoir-faire vivant : derrière chaque mot se cache un geste, un outil ou un secret de fournaise hérité de +1000ans de tradition.
Connaître ces termes, c’est apprendre à “lire” une pièce en verre de Murano, c’est en reconnaître la technique, en connaître l’origine, ou même la valeur.
Et pour voir ces techniques prendre vie chez vous, découvrez notre sélection de pièces en authentique verre de Murano, toutes certifiées par le label Vetro Artistico® Murano :
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