De ses premières traces en l’an 982, en passant par sa chute au XIXème siècle, puis sa résurrection au XXème… le verre de Murano est, grâce à ses +1000 ans d’histoire, le verre artistique le plus ancien au monde encore en activité.
Une médaille qu’il partage avec celle d’être le verre artistique le plus populaire au monde. Ainsi qu’avec la triste médaille d’être le plus copié et imité au monde.
Mais c’est justement le sujet de cet article. Car, loin d’être court, vous allez tout apprendre sur ce verre d’exception : origines, histoire, techniques signatures, familles emblématiques, Maestro de légendes, conseils d’achat et tourisme sur l’île.
Vous ressortirez de cet article en connaissant plus intimement cet univers et ses subtilités. Pour éviter les arnaques, ou simplement pour votre culture.
Table des matières
Avant de commencer : définition & mise au point
Avant de rentrer dans les détails historiques, petite définition rapide :
Le verre de Murano est un type de verre artistique sans plomb, fabriqué exclusivement sur l’île de Murano, dans la lagune de Venise. (Et ça vaut aussi pour les miroirs vénitiens !).
Ainsi, et vous comprendrez plus en détail pourquoi au fil de l’article :
Le « Made in Italy / Made in Venice” n’est EN RIEN une garantie d’authenticité du verre de Murano (qui est, depuis 1994, une appellation d’origine protégée par une loi de la Région Vénétie).
Dernier point important à noter :
Nous utiliserons régulièrement dans cet article des termes techniques, propres au vocabulaire du verre de Murano. Certains sont expliqués en cours, mais pas tous. Pour maîtriser le vocabulaire muranais à la perfection, consultez notre article dédié au grand glossaire du verre de Murano (traduit en français depuis l’original publié par Angelo Barovier en 1996).
Voilà pour les fondamentaux. Plongeons maintenant dans les 1000 ans d’histoire qui ont façonné cette tradition unique…
Origines & histoire : la véritable épopée du verre de Murano sur +1000 ans
Avec +1000 ans d’histoire ininterrompue, le verre de Murano est officiellement le plus ancien art verrier encore vivant au monde. À titre de comparaison ? Nos fiertés nationales Baccarat ou Saint-Louis datent respectivement de 1764 et 1586. Quant au cristal de Bohême ? Les premières traces datent du XIIIème siècle, soit ~800 ans d’histoire.
Avec des racines dans la Rome antique et l’Orient byzantin, une apogée lors de la République Sérénissime, un déclin au XIXème avec la chute de la République de Venise par Napoléon et une renaissance dans les cendres au XXème siècle ;
Le verre de Murano est, au-delà d’un verre artistique, un héritage. L’histoire d’un pays, d’un peuple et surtout, d’une île :
Voyons donc en détail pourquoi le verre de Murano fascine autant…
Avant Murano : les origines antiques et byzantines du verre vénitien
Bien avant qu’un verrier souffle sa première fiole dans la lagune, le verre voyageait déjà depuis 4000 ans.
Né en Mésopotamie et en Égypte vers le IIème millénaire avant notre ère, le verre devient véritablement un art autour du Ier siècle avant J.-C. sur les côtes phéniciennes, où l’on invente la technique du soufflage à la canne qui révolutionne tout. L’Empire romain s’en empare et le diffuse dans tout le bassin méditerranéen, y compris sur les côtes de la Haute-Adriatique où s’élèvent les futures fondations de Venise.
Le verre de Murano est donc considéré comme l’héritier direct de la verrerie romaine de l’Adriatique, à laquelle s’ajoute un apport oriental décisif au Moyen Âge.
D’abord en 1204 où l’histoire pousse les artisans verriers de Constantinople vers la lagune lors du sac de la ville par la Quatrième Croisade. Puis en 1453, à la chute de Constantinople face aux Ottomans.
À chaque fois, les maîtres orientaux trouvent refuge à Venise et y transmettent leurs secrets notamment l’usage du verre sodique (à la soude), bien plus malléable à chaud que le verre nordique à la potasse.
C’est cet héritage hybride, romain par les racines et byzantin par la technique, qui fera de Murano un cas unique au monde…
L’an 982 : les premières traces du soufflage de verre à Venise
Avant de parler de Murano, l’histoire de ce verre d’exception débute à Venise, l’île principale voisine, dans l’an 982 (d’après les archives italiennes du secteur).
Avec un certain verrier vénitien du nom de “Domenico”.
Après ça, les informations sur l’état du marché restent vagues et il faut attendre le 8 novembre 1291 pour en avoir de nouvelles…
8 novembre 1291 : le décret qui change tout
À cette date, Le Maggior Consiglio de Venise (l’organe politique suprême à cette époque, dirigé par le Doge Pietro Gradenigo) ordonne le déplacement de toutes les verreries sur l’île de Murano.
Pourquoi ?
Deux raisons principales :
1 : La sécurité
La cité de Venise étant construite majoritairement en bois, cela évitait les incendies.
2 : La protection du secret
Le fait de concentrer les artisans en un seul lieu unique permet surtout de mieux les surveiller, pour éviter la fuite du savoir-faire à l’étranger.
Une volonté tenace qu’on comprend car à cette époque, la verrerie était la deuxième ressource économique de la République après le commerce maritime. A tel point que les verriers qui maîtrisent cet art obtenaient des privilèges considérables pour l’époque : droit de mariage avec la noblesse, exemption d’impôts, etc.
La contrepartie ?
L’interdiction de quitter le territoire vénitien. D’autant qu’en cas de fuite, la peine est sévère : confiscation des biens ou… la peine de mort.
Un statut particulier qui engendre naturellement un effet collatéral :
L’île de Murano devient une « république dans la république », avec son propre conseil (le « Consiglio ») et son propre statut (la « Mariegola dell’Arte » = le règlement de la corporation des verriers).
L'âge d'or de la Renaissance entre le XVème et XVIème siècle
Suite au décret, le verre de Murano continue son expansion en étant vendu à toutes les cours d’Europe et même jusqu’à Constantinople.
Et vers les années 1450 :
Angelo Barovier invente le “cristallo”, un verre d’une transparence exceptionnelle, obtenu par purification du sable. Attention : même si son nom peut porter à confusion, ce verre n’a rien à voir avec le cristal puisqu’il ne contient pas de plomb.
Une invention qui en entraîna bien d’autres. Puisque suite à ça, beaucoup des techniques signatures du verre de Murano aujourd’hui sont inventées :
– Le Lattimo : ce verre opaque blanc imitant la porcelaine chinoise, dont l’Occident ne connaissait pas le secret.
– Au XVIème, c’est au tour de la technique “Filigrana”, de la gravure à la pointe de diamant, ou même “verre Ghiaccio” (signifiant littéralement verre craquelé).
Une suprématie de l’art verrier qui donna des envies d’ailleurs aux verriers :
Puisque c’est à partir du XVIème siècle (en plein dans l’apogée) que certains commencent à émigrer (clandestinement, vous l’aurez compris) vers les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Angleterre, l’Espagne et bien sûr… la France.
Ce sont les prémices du verre « à la façon de Venise » dans toute l’Europe. Mais aussi, malheureusement, les prémices de la chute…
Du XVIIème au XVIIIème siècle : le premier déclin
Pour contrer cette fuite de talents et préserver les secrets (et surtout ses revenus), la République Sérénissime (autre nom de la République de Venise) crée en 1605 le “Livre d’Or”.
Un grand registre répertoriant les noms des membres de la “Magnifique Communauté de Murano”, désormais la noblesse verrière de l’île.
Une action qui ne portera pas vraiment ses fruits puisqu’au XVIIème siècle, les verriers de Murano envahissent l’Europe : Anvers, Liège, Bruxelles, Amsterdam, Stockholm, Copenhague, Berlin, Munich, Cologne, Londres. Et surtout… Paris.
Pourquoi “surtout” Paris ?
Parce qu’à cette époque, un certain Jean-Baptiste Colbert, ministre de Louis XIV, envoie des espions embauchés, dans le secret, des verriers de Murano. Pourquoi ? Pour percer les mystères de ce verre d’exception et aussi les mystères des miroirs vénitiens. Ce qui donnera naissance quelques années plus tard à une certaine… Galerie des Glaces.
Peu après ça, à la fin XVIIème siècle, un autre type de verre s’impose : le cristal de bohême. Plus clair et plus lourd (ce qui permet des tailles profondes et somptueuses), il séduit petit à petit les cours royales.
Et c’est le début du déclin commercial pour le verre de Murano…
Malgré une légère tentative au XVIIIème siècle lorsque Giuseppe Briati, légende du verre de Murano, développe un verre proche du bohémien. Et invente également les « ciocche » : les fameux lustres Muraniens à plusieurs bras, ornés de festons, fleurs et feuilles.
Début XIXème siècle : l’effondrement (presque) total
Le début du XIXème marque une période sombre pour le verre de Murano :
– Entre la chute de la République de Venise par Napoléon en 1797.
– L’abolition des corporations et la fin du règlement traditionnel en 1806.
– Et le passage sous domination autrichienne en 1814.
Le savoir-faire est fortement ébranlé.
Les Habsbourg au pouvoir favorisent leurs propres verreries de Bohême, avec des tarifs douaniers prohibitifs sur les matières premières importées par Murano.
Résultat ?
Sur les 24 fours actifs à Murano en 1800, environ la moitié ferme avant 1820. Et dans les années suivantes, il n’en reste plus que 5.
Milieu/Fin XIXème : début de la Renaissance
Mais malgré un passage à vide, les Italiens, connus pour l’amour de leur patrimoine, ne se laissent pas abattre.
Et c’est ainsi que dans la 2ème moitié du XIXème siècle, le verre de Murano reprend des couleurs avec :
– La création de Fratelli Toso en 1854 et Salviati en 1859, deux verreries devenues légendaires.
– La création deux ans plus tard du “Museo del Vetro” par l’abbé par l’abbé Vincenzo Zanetti et le maire de l’époque Antonio Colleoni. Afin de préserver et d’éduquer.
– Et vers 1870, Vincenzo Moretti redécouvre les murrines romaines, ce qui deviendra la base de toute la production « Millefiori » moderne.
XXème siècle : la renaissance du verre de Murano par le design
Le 20ème marque définitivement la renaissance du verre de Murano grâce à un coup de pouce inattendu : le design.
Ce sont les années 1920 qui marquent ce tournant majeur, puisque la maison Venini (autre maison légendaire) fondée en 1921 sous le nom “Vetri Soffiati Muranesi Cappellin Venini & C” décide d’inventer architectes & designers à collaborer avec les maîtres verriers.
Ainsi :
– Vittorio Zecchin devient le premier « directeur artistique » moderne d’une verrerie.
– Avant de laisser sa place chez Venini à Napoléone Martinuzzi. Qui y restera de 1925 à 1932.
– Puis c’est Carlo Scarpa qui prend la tête de la direction artistique de 1932 à 1947. Et qui offrira ses lettres de noblesse à la Maison Venini avec la création de séries devenues cultes : verres « battuti », « sommerso », « incalmo » repensés.
Et les années suivantes ne seront qu’une suite d’innovations et de renouveau pour le verre de Murano :
– Les années 50/60 sont marquées par les collaborations célèbres : Gio Ponti, Tapio Wirkkala, Fulvio Bianconi (créateur du fameux « Fazzoletto »), etc.
– Mais aussi par les pièces raffinées en Filigrana d’Archimede Seguso.
– Et la fin des années 1960 marque l’ouverture vers les artistes américains avec le mouvement Studio Glass.
Et aujourd’hui ? Le verre de Murano est encore un patrimoine fragile et menacé, qui survie entre tradition, coûts modernes et contrefaçons
À l’apogée du XVIIIème siècle, le verre de Murano comptait +300 fours. Aujourd’hui ? On compte une trentaine de verreries actives dans la fabrication de l’authentique verre de Murano.
Soit une chute de +90% de l’activité.
Deuxième ressource économique de la République à l’époque, le secteur n’emploie désormais plus que ~5000 personnes directes et indirectes (verriers, designers, artisans, vendeurs, ouvriers de fours).
Les causes ?
1 : La concurrence des contrefaçons.
Malheureusement, la réputation et la beauté du verre de Murano lui valent beaucoup de contrefaçons, venues d’Asie notamment. Les chiffres ? D’après certains organes de protection italiens, ce serait +70% du marché mondial du verre de Murano qui serait pollué par les contrefaçons.
2 : Les coûts énergétiques.
En 2022, par exemple, la flambée du prix du gaz a triplé voire quadruplé le coût d’exploitation des fours. Le maître Simone Cenedese, fondateur de la verrerie de luxe du même nom, a même témoigné publiquement : ses fours sont passés d’un annuel 150 000€ à 500 000€. Soit une hausse de +400% ! Et forcément, beaucoup d’ateliers n’ont pas survécu et ont dû fermer temporairement.
Malgré ça, le verre de Murano reste une appellation protégée, labellisée et défendue
Malgré toutes les difficultés, le verre de Murano reste encore debout ! Porté par des marchés comme les États-Unis, la Russie, le Japon ou les Émirats.
Mais surtout grâce à une culture de la transmission et de la protection :
– En 1994, la Région Vénétie crée officiellement le label “Vetro Artistico® Murano” pour lutter contre les contrefaçons et promouvoir le savoir-faire. Concrètement, seules 34 verreries de l’île possèdent ce label et respectent les critères de la fabrication de l’authentique verre de Murano.
C’est ainsi LA SEULE GARANTIE OFFICIELLE reconnue par l’État italien, témoignant de l’authenticité d’une pièce en verre de Murano. Votre pièce ne possède pas de N° de label ? Le site est incapable de vous le fournir ? C’est un faux. C’est aussi simple que ça.
Quant à nous, nous avons fait le choix de nous engager à soutenir ce savoir-faire et ainsi, à ne revendre que des produits fabriqués par des verreries labellisées. Pour découvrir notre catalogue, consultez notre sélection complète de verre de Murano.
Outre ce label, d’autres institutions comme le Museo del Vetro ou Le Stanze del Vetro participent aussi fortement à défendre ce savoir-faire. En attendant son inscription, par l’UNESCO, au patrimoine immatériel de l’humanité…
Qu'est-ce qui rend le verre de Murano si unique ?
Outre son histoire remplie de rebondissements comme on vient de le voir, vous pourriez vous demander : mais qu’est-ce qui rend précisément ce verre si convoité, si imité, si protégé ?
Et on vous répondrait 4 choses :
1 : Sa composition sans plomb
C’est la plus grande différence avec son rival le cristal : le verre de Murano ne contient pas de plomb. Le cristal, lui, en contient historiquement minimum 24%, jusqu’à +30% (voir notre article dédié pour tout comprendre).
Cette absence de plomb rend le verre de Murano moins brillant, certes. Mais lui confère à la place des couleurs vives, une lumière plus chaude, plus vibrante et une plasticité/malléabilité de travail incomparable, ce qui facilite le travail à chaud.
Une particularité qu’il doit également à la soude, puisque le verre de Murano est ce qu’on appelle un “verre sodique” (= à base de soude), en comparaison au verre à la potasse (le cristal par ex).
On ne s’étend pas davantage sur le sujet, car la composition du verre de Murano est détaillée au début de notre article sur sa fabrication.
2 : Ses couleurs inimitables
Maintenant qu’on a vu l’argument « technique”. Voyons l’argument visuel :
Tandis que nos cristalleries françaises comme Baccarat, Lalique, Saint-Louis misent avant tout sur la qualité du cristal et sa transparence. Et que le cristal de bohême mise sur son savoir-faire unique de la taille à froid.
Les verriers de Murano, eux, privilégient la couleur et l’artistique :
Comme pour rappeler les couleurs réconfortantes de la « Dolce Vita » et la chaleur des Italiens, les couleurs du verre de Murano sont chaudes, chatoyantes et lumineuses.
Des couleurs issues d’une maîtrise parfaite du feu, du souffle et de la matière. Chaque recette, mélange d’oxydes métalliques & minéraux selon des dosages très précis, est transmise de génération en génération et est jalousement gardée par les verreries. Ainsi, chaque recette est unique et varie selon le four utilisé, la température exacte, la durée de fusion, le type de sable, etc.
Résultat ?
Un savoir-faire tellement spécifique que les couleurs sont impossibles à reproduire pour ceux qui n’ont pas les carnets de recettes. Même un industriel le mieux équipé du monde n’arrive pas à imiter parfaitement la vibration, la profondeur et la palette des couleurs muraniennes. C’est d’ailleurs une des façons de reconnaître les contrefaçons, car les imitations asiatiques présentent des couleurs plates, ternes et uniformes.
Mais encore une fois, pour plus de détails sur les couleurs emblématiques du verre de Murano, consultez notre guide complet sur sa fabrication.
3 : Son héritage 100% artisanal, encore transmis aujourd’hui
De la pesée des matières premières, au soufflage, en passant par le façonnage… tout se fait à la main dans la fabrication du verre de Murano.
Un savoir-faire qui a refusé la rentabilité des machines, pour l’âme du travail manuel, à l’aide de quelques outils traditionnels comme la canne, la borsella (pince), les ciseaux, le marbre, etc.
*La borsella est d’ailleurs l’outil représenté sur le logo officiel du label Vetro Artistico.
**Pour aller plus loin dans le processus, découvrez notre article dédié à la fabrication du verre de Murano.
Résultat ?
Des pièces uniques au monde, signées par la beauté de l’imperfection humaine : aucune pièce n’est identique. Votre pièce ? Vous seule la possédez et posséderait dans le monde.
À titre d‘information : un maître verrier (dit « maestro » en italien) met en moyenne 15 à 20 ans à se former.
Il commence comme « garzonetto » (apprenti), devient « servente », puis « servente di piazza », et enfin « maestro ».
Une vocation souvent ancrée dès la naissance, parce qu’encore aujourd’hui, le travail du verre de Murano est une affaire de famille, qui se transmet de génération en génération.
Ce qui nous mène au 4ème et dernier point…
4 : Sa culture de la famille
Particularité « culturelle » cette fois-ci, que personne ne cite, mais qui fait pourtant bien partie du caractère unique du verre de Murano : la famille.
Comme beaucoup de secteurs artisanaux en Italie, tout tourne autour de la famille. Ainsi, certaines des anciennes verreries sont encore dirigées par les ancêtres des fondateurs (comme la Maison Seguso). Ou alors pour les verreries plus récentes, ont été créées en famille.
Jusqu’en 2015, la verrerie Barovier & Toso était d’ailleurs la 5ème entreprise familiale la plus ancienne du monde toujours en activité. Avant son rachat car aucun des fils des deux familles ne souhaitait reprendre les reines.
Une particularité culturelle très importante à souligner et à garder en tête puisqu’en comparaison :
Nos cristalleries françaises ont toutes été rachetées, sans exception, par des fonds d’investissement ou des groupes de luxe. Quittant ainsi les mains des familles fondatrices.
Le verre de Murano est donc l’un des dernier art verriers à reposer, plus que n’importe quel autre, sur des valeurs familiales.
Les techniques signatures qui ont fait sa légende
On aurait également pu le mettre comme 5ème élément qui rend le verre de Murano unique au monde. Car les techniques signatures de ce verre sont seulement maîtrisées sur cette île d’1,17km2. Et nulle part ailleurs dans le monde.
Mais étant donné leur nombre et leur importance, on a préféré les isoler.
Voici ainsi un récap de 11 techniques utilisées dans la fabrication du verre de Murano, devenues emblématiques.
Leur description est volontairement courte pour ne pas surcharger cet article, avant tout dédié à l’histoire du verre de Murano. Pour le détail complet, rendez-vous sur notre article consacré à la fabrication du verre de Murano ou dans notre grand glossaire.
Le Murrine et Millefiori
Signifiant « Mille fleurs », cette technique consiste à couper transversalement des baguettes de verre coloré multicouche (les murrines) pour révéler des motifs floraux ou géométriques.
Redécouverte pour la fois la plus récente au XIXème siècle par Vincenzo Moretti, c’est aujourd’hui la technique la plus utilisée pour les perles de Murano (les bijoux), sulfures/presse-papiers et certaines pièces décoratives.
La Filigrana (et ses déclinaisons : Reticello et Mezza Filigrana)
Inventée à Murano vers 1527, la technique consiste à incruster des fils de verre opaques ou colorés dans une masse de verre transparent. Résultat ? Des motifs torsadés ou en filet somptueux.
Le Sommerso
Fortement développé et ayant connu un fort succès dans les années 30 à 50, par Flavio Poli par exemple (pour la Maison Seguso), Le Sommerso (aussi appelé “Vetro Incamiciato”) consiste à superposer plusieurs couches de verre coloré et/ou transparent pour créer un effet de profondeur.
Le Cristallo
À ne pas confondre avec le cristal (même si certains l’appellent “le cristal vénitien”), le Cristallo est un verre d’une transparence absolue, presque incolore, obtenu par décoloration et purification minutieuse du sable.
Inventé par Angelo Barovier vers 1450, ce type de verre a ensuite fait la fortune Murano au XVème-XVIème siècle, car il était considéré comme proche de la pureté du cristal de roche, matériau extrêmement précieux à l’époque.
Le Lattimo
À l’inverse du Cristallo totalement transparent, le Lattimo est un verre opaque blanc laiteux, imitant la porcelaine. Il a vu le jour au milieu du XVème siècle pour rivaliser avec la porcelaine chinoise, dont l’Occident ne connaissait pas le secret de fabrication.
Le Calcedonio
Utilisé à Murano dès la Renaissance et re-découvert au XIXème siècle par Lorenzo Radi, le Calcedonio est un verre imitant l’apparence de la calcédoine, pierre semi-précieuse. Résultat ? Des veinures multicolores d’un grand raffinement. C’est surtout utilisé aujourd’hui pour les pièces haut de gamme.
L’Avventurina
Signifiant littéralement « Aventure », c’est une pâte de verre incrustée de particules métalliques scintillantes (cuivre, fer, oxyde de chrome) qui captent la lumière de façon irrégulière.
Inventée au milieu du XVIIème siècle, elle tire son nom du fait que sa fabrication est incertaine : même les maîtres les plus expérimentés ne maîtrisent pas totalement le résultat final, qui dépend du refroidissement. Sur 10 tentatives, seules quelques-unes donnent un résultat satisfaisant.
L’Incalmo
Technique d’assemblage à chaud extrêmement difficile, elle consiste à fusionner/souder deux pièces soufflées, de couleurs différentes généralement, par leur extrémité de même diamètre. Résultat ? Des zones de couleurs distinctes sur un même objet.
Le Vetro a Ghiaccio (verre craquelé)
Technique mentionnée pour la première fois en 1570 dans une lettre vénitienne, elle consiste à plonger brièvement le verre encore incandescent dans de l’eau froide. Le choc thermique provoque des fissures superficielles, qui sont ensuite intégrées à la pièce grâce à un réchauffement délicat et contrôlé, pour ne pas la briser. Résultat ? Un effet craquelé unique, comme si la pièce était sur le point d’exploser.
La technique au chalumeau
Très utilisée pour les bijoux et les pièces de petite taille, cette technique consiste, comme son nom l’indique, à travailler le verre à la flamme d’un chalumeau et non au four, à partir de tubes ou baguettes de verre.
La Foglia Oro / Foglia Argente (l’inclusion de feuille d'or/argent)
Même si bien d’autres techniques peuvent être utilisées avec de l’or 24 carats ou de l’argent pour ajouter un côté prestigieux à la pièce, l’une des plus populaires et belles à admirer est la Foglia Oro.
Une technique qui consiste à incorporer une feuille d’or 24 carats (ou d’argent pour sa variante Foglia Argente) dans la masse du verre en fusion. Pour ça, le maître verrier roule sa bulle de verre incandescent sur la feuille posée à plat, puis la recouvre d’une seconde couche de verre transparent. Au façonnage, l’or se craquelle et se disperse en une multitude de micro-paillettes dorées qui captent la lumière comme aucun pigment ne sait le faire.
Et bien entendu, derrière chacune de ces techniques, il y a des familles, qui ont participé à les développer et à les perpétuer. Voyons donc maintenant les grandes dynasties qui ont écrit cette belle histoire…
Qui ont façonné ces techniques ? Les grandes verreries (“Vetreria”) du verre de Murano
Les plus anciennes familles et dynasties
Les Barovier & Toso :
Déjà mentionnée à plusieurs reprises dans cet article, et à raison, la famille Barovier & Toso est l’une des plus importantes dans l’histoire du verre de Murano. Angelo Barovier, inventeur du fameux “cristallo” qui a fait la fortune de l’île à son époque, est l’une des figures historiques les plus connues. Fondée 4 ans après le décret d’exil en 1295, la verrerie n’a pas toujours eu ce nom puisque c’est seulement en 1936 qu’elle s’associe avec la famille Toso, autre famille verrière. Avant de quitter les mains des deux familles en 2015, lorsque Jacopo Barovier cède 80% des parts de la société à Rinaldo Invernizzi… car aucun des fils des deux familles ne voulait reprendre l’affaire. Cette date marque donc l’année où la maison Barovier & Toso quitte officiellement le club des Hénokiens, jusque-là 5ème entreprise familiale la plus ancienne du monde. Mais malgré ce changement de propriétaire, la Maison continue de prospérer. Elle est aujourd’hui surtout spécialisée dans la fabrication de lustres prestigieux et son showroom “Palazzo Barovier & Toso” à Murano est un endroit à ne pas manquer lors de votre visite de l’île !
Les Seguso :
Fondée en 1397, la famille Seguso est l’une des plus estimées et respectées manufactures de verre de Murano. Et aussi, vous l’aurez compris, l’une des plus anciennes. Archimede Seguso mort en 1999 est d’ailleurs l’un des Maestro légendaires dont on reparlera plus tard. Aujourd’hui appelée “Seguso Vetri d’Arte”, la Maison est, contrairement à Barovier & Toso, toujours détenue par la famille puisqu’elle est dirigée d’une main de fer par Gianluca & Pierpaolo Seguso, fils du patriarche de la famille Giampaolo Seguso.
Les autres grandes verreries à connaître
Malgré le fait que chacune mériterait une attention particulière rien que pour le fait de perpétuer ce savoir-faire fragile, il est difficile de toutes les citer sans allonger l’article.
Ainsi, voici quelques autres noms à retenir : Venini, Simone Cenedese, Zanetti Murano, Nason Moretti, Ferro & Lazzarini. Et petite mention spéciale aux deux seules familles fabriquant encore d’authentiques miroirs vénitiens : les Barbini et la famille Ongaro & Fuga. Ainsi que pour le reste de la trentaine de verreries encore actives dans la fabrication du verre de Murano.
Qui a participé à faire connaître ces verreries au monde ? Les grands “Maestro” du verre de Murano
En 1000 ans d’histoire, Murano a vu défiler des centaines de maîtres verriers. Mais une poignée d’entre eux a marqué l’histoire à un point tel qu’on les considère, à raison, comme des légendes.
Voici ceux dont vous verrez les noms revenir partout : musées, ventes aux enchères, manuels d’histoire de l’art décoratif, tant ils sont indissociables de l’histoire du verre de Murano lui-même.
Précision :
Certains noms de cette liste sont des designers et non des Maestro à proprement parler. Mais nous avons fait le choix de les ajouter tout de même, étant donné qu’ils ont fortement contribué à la renaissance du verre de Murano à partir du XXème siècle.
Les légendes
Giuseppe Briati : le père du lustre vénitien
Né et mort à Murano, Briati est sans doute le maître verrier le plus important du XVIIIème siècle. Pourquoi ? Parce qu’il invente le format des lustres en verre de Murano modernes : plusieurs bras, ornés de feuilles, fleurs et pendeloques. Appelé “Ciocca”, ou en vénitien “mazzo di fiori” (littéralement « bouquet de fleurs »), vous trouverez bien souvent ce modèle sous le nom de “Ca’ Rezzonico », le nom du palais sur le Grand Canal (aujourd’hui devenu un musée). Suite à cette invention de ce que deviendra le lustre vénitien classique, Briati obtient en 1737 un privilège exclusif de 20ans pour produire un verre proche du verre de Bohême, mais mieux adapté au travail à chaud.
Angelo Barovier : l'inventeur du cristallo
Vous connaissez déjà son nom, mais on se permet de refaire une présentation plus exhaustive. Fils d’une dynastie verrière déjà ancienne, c’est en 1450 qu’Angelo met au point le cristallo : un verre d’une transparence absolue, obtenu par un processus de purification du sable encore tenu secret. Révolution technique qui place Murano au sommet mondial pendant 300 ans et pour laquelle il obtient un privilège exclusif du Sénat de Venise en 1457. Mais Angelo ne s’est pas arrêté là puisqu’il est également l’auteur de la “Coupe Nuptiale”, une pièce d’apparat décorée en émail. Un des chefs-d’œuvre absolus du verre vénitien, conservé aujourd’hui au Museo del Vetro de Murano.
Vincenzo Moretti : le ressusciteur des murrines
Maître verrier de Murano et directeur technique de la “Compagnia di Venezia e Murano”, il redécouvre dans les années 1870 la technique des murrines romaines antiques, perdue depuis l’Antiquité. Avant d’exposer ses œuvres en verre mosaïque (murrines) à l’Exposition Universelle de Paris en 1878, où elles reçoivent un accueil triomphal. Considéré comme le “ressusciteur” des murrines, c’est à lui qu’on doit les Millefiori modernes, design régulier des bijoux, presse-papiers, et perles décoratives.
Paolo Venini : le visionnaire qui a fait entrer Murano dans le XXème siècle
Né à Cusano près de Milan dans une famille de verriers, il est d’abord avocat à Milan avant de fonder en 1921 la Maison Venini. D’abord appelée “Vetri Soffiati Muranesi Cappellin Venini & C” car il était associé à l’antiquaire vénitien Giacomo Cappellin, elle prend le nom Venini en 1925 après leur séparation. Visionnaire et géant du XXième siècle, c’est lui qui invite à Murano les plus grands designers et architectes du monde : Vittorio Zecchin (dont on va parler), Napoléone Martinuzzi (dont on va parler), Carlo Scarpa (dont on va parler également), Tomaso Buzzi, Gio Ponti, Tyra Lundgren, Fulvio Bianconi, Tapio Wirkkala, Massimo Vignelli, Ettore Sottsass, etc. Il invente le modèle de “l’art-direction” au service du savoir-faire artisanal et aujourd’hui, ses pièces dépassent plusieurs centaines de milliers d’euros aux enchères, comme un vase adjugé 137 500$ chez Sotheby’s.
Vittorio Zecchin : le pont entre tradition et modernité
Né à Murano, fils de verrier et formé à l’Académie des Beaux-Arts de Venise, il prend la direction artistique de la Maison Venini en 1921 et devient ainsi le premier directeur artistique moderne d’une grande verrerie de Murano. Il participe ainsi à sortir l’île de sa « décadence post-XIXème« en introduisant la notion de « design » dans le secteur et en s’inspirant des chefs-d’œuvre de la peinture vénitienne de la Renaissance.
Napoleone Martinuzzi : le sculpteur du verre
Né à Murano et formé en sculpture à Rome, il devient en 1925 associé et directeur artistique chez Venini, succédant ainsi à Zecchin (à ce poste depuis 1921). 3 ans plus tard, en 1928, il innove avec une technique majeure : le “vetro pulegoso”, un verre opaque incorporant intentionnellement des bulles d’air qui donnent un effet matiéré sculptural, qui deviendra ensuite sa signature. Il quitte Venini en 1932 pour fonder sa propre entreprise “Zecchin-Martinuzzi”, puis collabore avec Seguso en 1947 et Cenedese entre 1953 et 1958.
Ercole Barovier : l'héritier-innovateur
Descendant direct de la dynastie Barovier et d’Angelo, Ercole est le directeur de la Vetreria Artistica Barovier puis, après la fusion de 1936, de Barovier & Toso. Notamment connu pour avoir inventé en 1936 le Rostrato, un verre transparent hérissé de pointes, qui devient l’une des signatures de la maison. Également créateur du célèbre Vaso Mosaico, vendu 248 000$ chez Wright en 2014 (alors qu’estimé entre 30 000 et 40 000$). Son fils Angelo et son petit-fils Jacopo ont ensuite continué la dynastie.
Archimede Seguso : "l'encyclopédie vivante du verre"
Né à Murano dans une famille de verriers (les fameux Seguso) et travaillant aux fours dès ses 11 ans, Archimede est considéré comme le plus grand Maestro du XXème siècle. Surnommé « l’enciclopedia vivente del vetro » par l’historien Giuseppe Cappa dans son ouvrage de référence “Le Génie Verrier de l’Europe”. Se distinguant dans le travail du verre épais qu’il porte à un niveau de raffinement inégalé (avec ses “vetri sommersi bullicanti”, “profusi d’oro”, “corrosi” / “irridescenti”) on peut citer dans ses principales œuvres la figure du boxeur “Primo Carnera” ou “Lo zodiaco” de 1935. Des œuvres dont certaines sont exposées dans les plus grands musées du monde : MoMA, Victoria & Albert, Corning Museum of Glass. Après avoir quitté la Maison familiale, il fonde en 1946 la “Verrerie artistique Archimede Seguso”, obtenant ainsi une totale indépendance créative. Dernier point important : il aurait formé Lino Tagliapietra, plus grand maître verrier actuel, lorsque ce dernier avait 12 ans.
Alfredo Barbini : la figure éminente du verre de Murano au XXème siècle
Né à Murano dans une famille double de verriers (Barbini côté père, Fuga côté mère), il commence à 10 ans à l’Abate Zanetti, l’école attenante au Museo del Vetro et devient maître verrier à -20 ans. Autre figure marquante du verre de Murano au XXième siècle, il travaillera successivement chez les plus grands : S.A.I.A.R Ferro Toso, Cristalleria di Venezia e Murano, Zecchin & Martinuzzi, Seguso, S.A.V.A.M. et Cenedese. Une carrière couronnée de succès avec comme aboutissement, tout d’abord, la création de sa propre verrerie en 1950, la “Vetreria Alfredo Barbini”. Il est ensuite sélectionné aux Biennales de Venise (fondation organisatrice de l’Exposition internationale d’art contemporain qu’elle organise) de 1950 à 1961. Avant de recevoir “l’Osella d’Oro” de l’Association des industriels de Venise et d’être honoré du titre de « Commendatore » et nommé « Vénitien de l’année » en 1989 par l’Association Settimare.
Flavio Poli : l'inventeur du sommerso moderne
Designer et sculpteur de formation, il rejoint la maison Seguso en 1934 comme directeur artistique, où il restera jusqu’en 1963. Et c’est pendant les années 40/50 qu’il met au point la technique “sommerso” dans sa forme moderne. Au sommet de sa carrière, il reçoit en 1954 le “Compasso d’Oro” (le prix le plus prestigieux du design italien) pour ses créations en verre sommerso justement. Consécration ultime du verre de Murano comme art du XXème siècle, ses pièces sont aujourd’hui exposées au Musée du Verre de Murano, le musée Victoria & Albert à Londres et trois musées d’art à New York (dont le Metropolitan).
Carlo Scarpa
Architecte et designer vénitien, il devient directeur artistique de Venini de 1933 à 1947. Et participe avec Zecchin & Martinuzzi à faire d’elle une marque culte. Parmi ses séries devenues mythiques : la « battuti », la « murrine opache » ou même la “serpente”, encore aujourd’hui parmi les plus onéreuses de Venini.
Et aujourd'hui ? Les “Maestro” contemporains
Maintenant que nous avons vu les légendes, passons à la relève. Car les fournaises ne se sont pas éteintes avec ces grandes figures.
Aujourd’hui encore, Murano abrite des maîtres dont la réputation dépasse les frontières :
Lino Tagliapietra
Considéré unanimement comme le plus grand maître du verre de Murano vivant et formé par Archimede Seguso, c’est lui qui, dans les années 1970-80, a ouvert l’art du verre de Murano au mouvement “Studio Glass” américain, en rompant avec la tradition du secret muranien et en enseignant les techniques à Dale Chihuly, jeune artiste américain. Ses pièces se vendent aujourd’hui à plusieurs dizaines de milliers d’€ aux enchères ou sont exposées dans les plus grandes galeries comme l’Heller Gallery à New York.
Simone Cenedese
Héritier de la Maison Cenedese et voix médiatique du secteur, Simone est connu pour ses lustres & chandeliers, ainsi que ses œuvres artistiques. La verrerie Cenedese, parmi les plus prestigieuses actuellement, est aussi l’une des premières à avoir obtenu le label “Vetro Artistico® Murano”.
Oscar Zanetti
Maestro actuel de la Maison Zanetti Murano, également l’une des plus prestigieuses du verre de Murano actuel, fondée en 1956 et transmise de père en fils depuis 4 générations. Oscar est connu pour son amour des figures animalières (chevaux, poissons, oiseaux).
Et bien entendu, beaucoup d’autres encore, parfois méconnus, mais qui participent à perpétuer ce savoir-faire d’exception.
Les objets emblématiques du verre de Murano
Les vases en verre de Murano
Le vase est l’un des objets favoris des Maestro puisqu’avec sa large épaisseur, il permet de révéler les techniques signatures de sommerso, murrine, filigrane, incalmo.
Du soliflore minimaliste au vase d’apparat monumental, en passant par le le Fazzoletto, découvrez notre sélection de vases en authentique verre de Murano.
Les lustres en verre de Murano
Tradition née au XVIIIème siècle avec les « ciocche » de Giuseppe Briati dont on a parlé plus haut, ces lustres somptueux décorent palaces, opéras, théâtres et résidences privées du monde entier.
Et peut-être bientôt… votre intérieur 😉 ?
→ Pour ça, découvrez nos lustres en verre de Murano.
Les miroirs vénitiens
Tradition spécifique née au XVème siècle et perfectionnée au XVIème siècle, dont seules les verriers de Murano possédaient le secret. À tel point que Louis XIV envoya des espions pour le percer et créer la Galerie des Glaces de Versailles.
Aujourd’hui, seules 2 familles continuent la production artisanale (et donc, labellisée) : les Barbini et Ongaro & Fuga (et nous travaillons avec les deux familles !).
Pour découvrir leurs créations :
→ Visitez notre page dédiée aux miroirs vénitiens.
Et pour en savoir plus sur ces miroirs devenus iconiques, lisez notre article dédié sur leur histoire.
Les bijoux en verre de Murano
Reposant sur le travail au chalumeau et l’art ancestral des perles vénitiennes (les « perle veneziane »), les bijoux se déclinent aujourd’hui en plusieurs styles : Millefiori, perles à feuille d’or, etc.
Et pour chaque goût : bagues, bracelets, colliers, pendentifs, etc.
Pour trouver le vôtre :
→ Bijoux en verre de Murano.
Sculptures, animaux et sulfures
Outre les pièces “classiques”, le verre de Murano s’exprime aussi beaucoup à travers des sculptures d’animaux ou abstraites, des presse-papiers, etc.
Pour découvrir l’éventail complet, on vous invite à vous rendre directement sur notre page principale du verre de Murano.
Et alors… comment reconnaît-on du vrai verre de Murano ?
Techniquement parlant avec 4 indices “terrain” :
1 : La marque du pontil sous la pièce (cicatrice circulaire) : trace de la canne du maître. Signe du travail artisanal.
2 : Les bulles d’air présentes dans la masse, dues à l’absence de plomb.
3 : Les micro-imperfections humaines, signent du travail artisanal manuel. Un vrai verre de Murano n’est jamais parfaitement uniforme !
4 : Les couleurs chaudes et profondes typiques du verre de Murano. Si les couleurs paraissent ternes ou uniformes, méfiance.
Légalement parlant avec la présence du label Vetro Artistico® Murano :
Étiquette inviolable, QR code, numéro de verrerie vérifiable sur muranoglass.com : c’est le seul critère vraiment fiable à l’heure actuelle, surtout pour un achat internet (ou les critères “techniques” sont indétectables ou facilement imitables sur photo).
Dernier conseil :
Évitez aussi les pièges classiques tels que les mentions vagues et marketing : « Made in Italy », “Made in Venice », « Style Murano » / « Inspiré par Murano ». Ou les prix anormalement bas, impossibilité technique étant donné le prix des matières premières, le coût de l’énergie, la main-d’œuvre et le temps de fabrication.
Mais pour le guide complet, consultez notre article dédié : comment reconnaître un vrai verre de Murano ?
Combien coûte un objet en verre de Murano ?
À partir de 40€ et jusqu’à +20 000€.
Oui, on sait, la fourchette est énorme. C’est pour cela qu’on vous a préparé quelques fourchettes indicatives par type d’objet (basées uniquement sur les prix pratiqués par les verreries labellisées) :
– Bijoux : comptez 40€ à 80€ pour les petites pièces (bracelets, boucles d’oreilles), jusqu’à 400-500 € pour les colliers ou pendentifs élaborés.
– Petite sculpture, animal, figurine : 100/200€ minimum pour une pièce basique, jusqu’à +2 000€ pour les pièces de maîtres ou verreries renommées.
– Vase : comptez minimum 300/400 € pour un soliflore simple, et plusieurs milliers d’euros pour les grands vases.
– Miroir vénitien : plusieurs milliers d’€ minimum, jusqu’à plusieurs dizaines de milliers pour les grandes pièces sur mesure.
– Lustre en verre de Murano : vous en trouverez à partir de 1 000/1 200€ pour les plus petits modèles et +10 000 € pour les grands, ou ceux ornés de métaux précieux.
Pourquoi c’est aussi cher ?
Outre la fabrication qui demande plusieurs heures à plusieurs jours de travail manuel PAR pièce, le prix des matières premières (parfois onéreuses comme l’or 24 carats), le coût de l’énergie flambant tous les 4 matins et la main-d’œuvre… il faut aussi ajouter le caractère unique au monde de chaque pièce. Et vous comprenez un peu mieux les prix.
Et rappelez-vous la règle d’or :
Un objet vendu comme étant du « verre de Murano » à -20 € n’est PAS du verre de Murano. Le coût de production seul l’interdit.
Pour découvrir l’ensemble de nos pièces et les prix par catégorie, explorez notre boutique.
Dernier conseil pour la route : comment entretenir et nettoyer vos pièces en verre de Murano pour qu’elles traversent le temps ?
Étant donné les prix, on comprend que vous souhaitez en prendre soin. Et ça tombe bien, parce qu’une pièce en verre de Murano bien entretenue n’a pas de date de péremption ! Elle peut ainsi traverser les générations sans aucun souci.
Mais pour ça, appliquez ces conseils rigoureusement :
1 : Lavage TOUJOURS à l’eau tiède (30-35°C), avec quelques gouttes de savon doux, type savon noir, et avec une éponge douce (jamais le côté abrasif).
2 : Évitez absolument l’eau trop chaude (risque de cassure avec le choc thermique), les détergents agressifs et le lave-vaisselle (pour les pièces d’art de table).
3 : Séchez immédiatement avec un chiffon en microfibre pour éviter les traces de calcaire de l’eau de nos robinets.
Pour la méthode complète de nettoyage et les particularités par type d’objet (calcaire des vases, lustres, pièces en feuilles d’or, etc.), consultez notre article dédié.
Verre de Murano & tourisme : les lieux incontournables de l'île à visiter
Le Museo del Vetro : l'incontournable
Situé dans le Palazzo Giustinian sur l’île de Murano, il a été fondé en 1861 par l’abbé Vincenzo Zanetti et le maire Antonio Colleoni. Après une longue rénovation pour doubler sa surface d’exposition, il est ré-ouvert depuis 2015 et expose +4 000 objets.
Site officiel : https://museovetro.visitmuve.it/
La Chiesa Santa Chiara
Surnommée “La Cathédrale du Verre”, cette ancienne église napoléonienne a été transformée en atelier-musée dans laquelle vous pouvez assister à des événements ou même des démonstrations.
Site officiel : https://www.santachiaramurano.com/
Le Stanze del Vetro
Situé sur l’île de San Giorgio Maggiore (collée à Venise) et non à Murano, ce centre d’études et d’expositions sur le verre vénitien du XXème siècle reste une visite à faire, d’autant qu’il propose des visites guidées gratuites le week-end.
Site officiel : https://lestanzedelvetro.org/
Les showrooms & ateliers ouverts au public
Parmi les showrooms à visiter, il y a évidemment :
– Le Palazzo Barovier & Toso.
– La Fondazione Lino Tagliapietra : showroom du plus grand maître vivant, entrée gratuite sur réservation.
– Ou même l’atelier Seguso, qui propose des visites & événements privés sur réservation.
Ainsi que certaines de nos verreries partenaires comme :
– La Fornasotta (Campo del Prà 15/A, Murano).
– Ou Fornace Mian (Fondamenta dei Vetrai, 138 30141, Murano) qui proposent des visites de leur atelier.
Burano, sa voisine colorée et dentellière
Petit bonus pour la route si vous avez le temps, passez visiter Burano, l’île voisine possédant, elle, une tradition de la dentelle à l’aiguille depuis le XVIème siècle.
Plusieurs techniques muraniennes (notamment le « Merletto ») s’inspirent d’ailleurs directement de la dentelle de Burano.
Comptez 2/3h de visite pour aller voir le “Museo del Merletto” (musée de la dentelle) géré par la même Fondation des Musées Civiques que le Museo del Vetro.
Ou même pour simplement flâner dans les rues et admirer les maisons aux façades multicolores (peintes ainsi historiquement pour que les pêcheurs reconnaissent leur maison dans le brouillard).
Conseils pratiques pour éviter les arnaques durant votre voyage
Même si avec cet article, vous êtes devenus de véritables experts du verre de Murano, on ajoute deux conseils supplémentaires toujours bons à rappeler :
– Piège n°1 : parfois, les démonstrations gratuites sont suivies d’une pression à l’achat aux boutiques adjacentes. Rien de grave, mais il faut savoir résister. Surtout face à la tchatche naturelle des Italiens 🙂
– Piège n°2 : les boutiques de Murano qui vendent des « souvenirs » en verre à 5/15 €. Ou alors avec des mentions « Made in Italy », « Made in Venice », « Murano-style ». Vous le savez maintenant, il y a de grandes chances que ce soit de la production asiatique revendue sur place comme « Made in Italy »
La solution ?
En plus du label Vetro Artistico®, Le Consorzio Promovetro Murano a aussi mis en place une liste officielle des boutiques de l’île labellisées. Chaque boutique autorisée affiche un autocollant en vitrine avec un numéro (V01, V02, etc.) et la liste officielle est consultable sur muranoglass.com avec une carte interactive. C’est le seul moyen fiable d’acheter un vrai verre de Murano sur place lors d’un voyage.
Et si vous ne pouvez pas vous rendre à Murano, souvenez tout de même que la même règle s’applique pour un achat en ligne : seul le label Vetro Artistico® Murano fait foi. Vous le trouverez dans la description de chacune de nos fiches produits.
Conclusion
Le verre de Murano n’est ni un matériau, ni une marque. C’est un héritage et un patrimoine vivant, encore fragile, farouchement protégé et transmis depuis +1000 ans.
En achetant une pièce en authentique verre de Murano labellisé, vous ne possédez pas “un objet”. Vous héritez d’un fragment d’histoire du peuple murinais & vénitien et d’un savoir-faire qui se transmet par les mains.
Un savoir-faire que nous avons décidé, à notre moindre échelle, de soutenir en ne collaborant qu’avec des verreries labellisées. Dont vous pouvez admirer les œuvres juste ici.
Et pour finir sur une phrase plus poétique :
“Le verre de Murano, c’est l’art de figer un instant de feu en éternité de lumière.”
