Découverte pour la première fois dans les années 1540, la fabrication du miroir vénitien est rapidement devenue un secret d’État, jalousement gardé sur l’île.
Du moins, avant qu’un certain Louis XIV envoie des espions pour débaucher des verriers, percer le mystère et construire dès 1678, la célèbre Galerie des Glaces de Versailles.
Mais, malgré ce court épisode, la fabrication des authentiques miroirs vénitiens reste encore aujourd’hui une affaire Muranaise, transmise de génération en génération.
Une succession de…
– 6 étapes.
– 6 gestes.
– 6 savoir-faire
… À part entière, que les verriers exécutent encore à la main, quatre siècles plus tard.
Alors, concrètement :
– Comment fabrique-t-on un miroir vénitien ?
– Pourquoi faut-il des dizaines, parfois des centaines d’heures pour un seul exemplaire ?
– Et pourquoi reste-t-il l’un des objets de décoration les plus convoités au monde ?
On vous répond en vous emmenant, étape par étape, dans la fabrication d’un authentique miroir vénitien…
Table des matières
Les 6 étapes de la fabrication d’un authentique miroir vénitien
Avant de commencer, retenez deux choses importantes :
1 : Un authentique miroir vénitien se fabrique à Murano et nulle part ailleurs.
Pour comprendre les raisons, on vous invite à lire notre article retraçant les origines et l’histoire des miroirs vénitiens.
2 : Et sa fabrication est intimement liée à celle du verre de Murano.
Puisque c’est le cristallo muranais, une technique signature de l‘île, qui sert de support pour la glace centrale. Et tous les décors (listels, feuilles, fleurs, cannes) qui viennent embellir le cadre du miroir sont soufflés bouche et façonnés main à partir de verre de Murano. Pour en apprendre plus, consultez cette fois-ci notre article sur la fabrication du verre de Murano.
Maintenant que cela est dit, passons aux étapes de fabrication…
Étape n°1 : Il progetto (le dessin)
Comme nombre d’œuvres en verre de Murano ou en cristal, tout part d’une idée. Mis en scène par un dessin.
Pour ça, l’artisan trace l’esquisse du projet à l’échelle, en tenant compte des proportions du miroir central et du cadre. Ce dessin servira ensuite de plan directeur pour toute la fabrication.
Ce dessin, tout comme les étapes qui vont suivre, est réalisé à la main par l’artisan. Conséquence directe : chaque miroir est unique et dessiné sur-mesure avant de prendre vie.
Étape n°2 : Il taglio (la découpe)
Ensuite, place à la découpe de chaque élément qui viendra constituer le miroir. Chaque pièce de verre est donc taillée à la main, selon le dessin initial :
– La glace centrale d’un côté.
– Les plaques de verre (parcloses) qui viendront recouvrir le cadre en bois, de l’autre.
À ce stade, les bords bruts obtenus après découpe s’appellent “fio grezo”. Avant d’être polis à l’étape suivante…
Étape n°3 : La molatura / bizeo (le meulage / biseautage)
C’est à cette étape que les bords bruts (fio grezo) sont biseautés à l’aide d’une meule diamant ou en pierre, pour devenir des bords polis et lisses (fio lucido).
Un procédé qui réduit le tranchant des bords, rend plus sûr leur manipulation et résiste davantage aux chocs.
Mais au-delà de cet aspect pratique et sécuritaire, il y a aussi une raison esthétique, puisque des bords biseautés captent, reflètent et décomposent la lumière comme des facettes de pierre précieuse. Ce qui ajoute une profondeur visuelle et accentue l’aspect décoratif du miroir.
Étape n°4 : L'incisione (la gravure)
Effectuée à froid, c’est l’une des signatures visuelles du miroir vénitien, surtout de style français. Puisque ce dernier ne possède pas de décors fleuris comme le style vénitien, pour miser sur la sobriété et la profondeur de ces gravures.
Des gravures évidemment réalisées à main levée, à l’aide d’une roue abrasive, selon les motifs choisis au préalable à l’étape n°1.
Une réalisation manuelle qui confère ainsi un aspect unique au monde à chaque gravure, puisqu’elles ne sont jamais deux fois strictement identiques.
Étape n°5 : L'argentatura (l'argenture)
Étape centrale de la fabrication, puisque c’est à ce moment-là que le miroir est “métallisé”. Autrement dit : qu’on transforme la plaque de verre centrale… en miroir.
Pour ça, l’artisan dépose une fine couche de métal réfléchissant (aujourd’hui, de l’argent) sous la plaque de verre, protégée ensuite par une laque de finition.
Résultat :
1 : La lumière traverse la plaque de verre initiale.
2 : Rebondit ensuite sur la couche de métal.
3 : Pour retraverser la plaque de verre, arriver jusqu’à votre œil et vous renvoyer votre reflet.
Point culture :
Autrefois, l’argenture se faisait à l’amalgame étain-mercure (une feuille d’étain + du mercure liquide appliqué au dos du verre). Le problème ? Ce procédé était extrêmement coûteux. Sans parler de sa toxicité pour les miroitiers, qui mourraient fréquemment d’intoxication.
Raison pour laquelle dès 1835, le chimiste allemand Justus von Liebig met au point une technique d’argenture chimique à l’argent. Une technique plus sûre et plus saine pour la santé, qui supplanta définitivement l’amalgame étain-mercure au début du XXème siècle. Cette technique est ainsi l’ancêtre direct de l’argenture pratiquée encore aujourd’hui à Murano, qu’on a vu un peu plus tôt.
Vous n’avez donc rien à craindre 😉
Si vous êtes curieux d’en apprendre plus sur l’amalgame historique étain-mercure, nous vous recommandons les articles (anglais) du Williamston Art Conservation Center et de l’Institut américain pour la conservation des œuvres historiques et artistiques. Ils retracent tous deux l’histoire de cet amalgame, les enjeux de santé derrière et les précautions de conservation.
Étape 5.2 : L’antichizzazione (effet antique / miroir ancien)
Au moment de l’argenture, c’est également à cette étape que le rendu final du miroir prend vie, selon la finition choisie.
Parce que dans certains cas, il est possible de procéder à “l’antichizzazione” du miroir. C’est-à-dire lui ajouter un effet vieilli, imitant les tâches que laisse le temps. Un miroir neuf peut ainsi être volontairement vieilli. Ce n’est pas un défaut, mais un choix esthétique recherché, qui permet aussi de rappeler les origines vénitiennes de l’objet.
Bien entendu, certains miroirs n’arborent pas cette finition et conservent l’aspect brillant du miroir. Une variété de finitions qui permet ainsi d’adapter chaque pièce au goût de chacun (classique, ancien, contemporain).
Étape 6 : Il montaggio (l’assemblage)
Après toutes ces étapes, il ne reste plus qu’à donner vie à la version finale du miroir vénitien que vous exposez chez vous. C’est l’étape de l’assemblage.
Un assemblage qui se fait sans aucune colle ni aucune vis : les pièces sont fixées entre elles grâce à de petits clous décoratifs à tête de verre (appelés « broche »), enfoncés délicatement un par un au marteau.
Résultat :
Même ces petits clous font partie du décor et ils sont même un critère d’authenticité, parce que les techniques miroirs vénitiens les laissent visibles aux jonctions.
Conclusion
Six étapes, autant de métiers, et des gestes qui n’ont pas changé depuis 1540 : voilà ce qui se cache derrière le reflet d’un authentique miroir vénitien.
Au total, la fabrication d’un seul miroir peut prendre +100h. Des centaines d’heures de travail, manuelles, qui prouvent bien que le prestige d’un miroir vénitien n’est pas une posture marketing, mais une conséquence directe de ce savoir-faire hors du commun, inchangé depuis quatre siècles.
Un savoir-faire encore perpétué dans les règles de l’art par seulement deux familles de l’île, à l’heure où nous écrivons ces lignes.
Choisir un authentique miroir vénitien, c’est ainsi faire bien plus qu’orner votre mur ou votre entrée : c’est soutenir ces deux maisons et empêcher un art séculaire de s’éteindre. Pour acquérir l’une de ces pièces uniques au monde :
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Et pour en savoir plus sur le label Vetro Artistico® Murano qui garantit l’authenticité de nos pièces, lisez notre article sur l’histoire des miroirs vénitiens.